Grève au Crédit mutuel/Arkéa (CMB). Jean Pierre Denis L'homme qui vaut 600 000 euros ne veut pas augmenter les salaires
Le télégramme parle de choc des cultures. Parlons plus prosaïquement d'un poignée de dirigeants qui se goinfrent (615 000 eoros par ans pour Jean pierre Denis) et refusent de payer dignement les saalariés. C'est un choc du travail face au capital.
Si les dirigeants sont toujours partants pour s'octroyer des hausses de leurs revenus, il le font d'autant plus facilement que c'est sur le dos des salariés et des clients.
Pour Jean Pierre Denis et sa bande, c'est plus belle la vie tout les jours !
Carland
Au Crédit mutuel Arkea, on entre dansla deuxième semaine de grève. La banque bretonne vit le conflit le plus dur de son existence. Il a tout d'un choc des cultures à l'heure du centenaire du mutualisme.
Certains salariés du Crédit mutuel Arkea, qui n'avaient jamais fait grève de leur vie, entament leur deuxième semaine d'arrêt de travail. Au siège de la banque bretonne, au Relecq-Kerhuon, près de Brest, le conflit est dans l'impasse. Plusieurs réunions entre direction et salariés n'ont pas permis de faire évoluer une situation qui commence à inquiéter sérieusement les milieux économiques et politiques de la région brestoise où la banque bretonne pèse 3.000 emplois. Pas moins. Depuis l'arrivée du président directeur général, Jean-Pierre Denis, la banque a changé d'ère.
Pas sorti du sérail
Elle a mis à sa tête un esprit brillant, énarque et inspecteur des finances, pour développer son périmètre d'activité et résister à l'influence hégémonique du Crédit mutuel de l'Est, mastodonte du groupe. Mais Jean-Pierre Denis n'a pas été formé dans le sérail, comme c'était jusque-là la tradition. Il n'est porteur ni de la génétique CMB, ni de son ancrage nord-finistéren. Peu après son arrivée, les tensions étaient d'ailleurs devenues manifestes, suite au transfert à Rennes du nouveau pôle entreprises de la banque et d'une cinquantaine d'emplois. Une option stratégique légitime si elle ne s'était accompagnée d'un projet confidentiel de sponsorisme du Stade rennais (plusieurs dizaines de millions d'euros sur cinq ans) dont la révélation avait fait bondir les sphères brestoises. Un dirigeant du Crédit mutuel, ami de François Pinault, pris d'un soudain tropisme rennais, il n'en fallait pas plus pour faire éveiller les soupçons. Sous la pression, le P-dg avait rapidement abandonné ce second projet. Et depuis, il a donné de sérieux gages en programmant de nouveaux investissements dans la région brestoise à l'heure où il dévoilait d'excellents résultats pour la banque, en hausse de 77%. L'épisode a tout de même laissé des traces.
Abus ou rattrapage?
Depuis quinze jours, la situation s'est envenimée. En cause, la répartition salariale de ces bons résultats. De toute évidence, elle s'éloigne de la tradition égalitaire de la banque mutualiste puisque les principaux bénéficiaires sont les cadres et singulièrement les hauts dirigeants de la banque. Pour les six membres de l'état-major du groupe, les salaires sont en hausse de 79% d'une année sur l'autre. Et comme au Crédit mutuel, par tradition de transparence peu commune, les indications sont nominatives, les syndicats ont pu constater que certains directeurs ont vu leur salaire doubler en une année. Du jamais vu dans l'histoire du Crédit mutuel, même si ce niveau de rémunérations ne constitue qu'un alignement sur la pratique de nombreuses banques françaises, afin d'attirer les meilleurs éléments. Avec la création simultanée d'une Société des cadres dirigeants (SCD), enveloppant désormais la politique salariale d'une certaine opacité, la direction a ouvert une brèche dans laquelle les syndicats se sont engouffrés pour revendiquer des hausses généralisées, largement approuvées par les employés de la banque. Depuis, c'est le blocage.
Une médiation?
Pour la direction, ce conflit ne tombe pas au meilleur moment. On fête cette année le centenaire du mutualisme qui a vu la création de l'Office central de Landerneau, organisme qui donnera naissance plus tard au Crédit mutuel de Bretagne. Et il tombe particulièrement mal en cette période de remise en cause des hauts salaires, singulièrement dans les banques où les excès de ces dernières années ont laissé des séquelles. Entre la tradition mutualiste et certaines pratiques relevant du capitalisme bancaire, le choc est brutal. Et les avancées promises par Jean-Pierre Denis n'ont pas suffi à dissiper la grogne. Le conflit s'enlise, la situation est bloquée et l'image de la banque risque d'en être affectée. Faudra-t-il une médiation pour trouver la porte de sortie?
René Perez