Après le Parlement, la justice s’empare du Mediator : autopsie d’un scandale médical

Publié le par Carland

 

Pendant trente trois ans, le Mediator a été remboursé / AFP

Le ministère de la Santé, les députés et la justice enquêtent sur les raisons qui ont poussé à maintenir à la vente, en France, le coupe-faim serait à l’origine de centaines de décès

  Combien de morts a causé le coupe-faim Mediator ? Pourquoi la France a tant attendu avant d’interdire ce médicament produit par le deuxième laboratoire pharmaceutique du pays ?

La mécanique est en route pour répondre à ces questions sur ce que le député Gérard Bapt (PS), par ailleurs cardiologue qualifie « de scandale médical de grande ampleur ». D’autres la comparent déjà à l’affaire du sang contaminé. Rien que ça. « En tout cas, elle montre les dysfonctionnements dans le contrôle du marché du médicament en France » commente Gérard Bapt : «En 1997, les médicaments de la famille des fenfluramines ont été retirés. Or, le Mediator appartient en partie à cette famille. Un premier cas de pathologie cardiaque est constaté en 1999 et rien n’a bougé ».

Après la publication en juillet dernier d’un livre du docteur Irène Frachon détaillant les effets secondaires du Mediator et le retrait du médicament, le député a fini par obtenir une mission parlementaire. Trois enquêtes vont donc être menées

- L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a été saisie par le ministère de la Santé

- Le pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris va ouvrir une instruction sur trois plaintes (D’autres pourraient suivre) Les investigations devraient débuter en janvier, même si ce pôle dirigé par la juge Odile Bertella-Geoffroy, travaille sur d’autres dossiers très lourds comme l’hormone de croissance.

- Une mission parlementaire va également débuter ses travaux à la rentrée. « L’UMP ne tenait pas à la créer. Nicolas Sarkozy a décoré M. Servier de la Grand-Croix de la Légion d’honneur en 2009 » fait remarquer Gérard Bapt qui a reçu le soutien de collègues proches de...Jean-François Copé, nouveau patron de l’UMP. La proximité entre laboratoires pharmaceutiques et politiques n’est pas un mystère. Pour les labos, les choix de remboursementsont en effet déterminants.

La mission entendra des experts médicaux sur le volet pharmacologie, mais aussi des responsables de l’AFAPSS (voir ci-contre) et tous les ministres de la Santé de 1997 à 2007. Soit Martine Aubry, Bernard Kouchner, Dominique Gillot, Jean-François Mattei, Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand, Philippe Bas... Le ministère est en effet la tutelle de l’AFASPSS qui sera au coeur des trois enquêtes. Mais, cette agence qui décide des mises en marché de médicaments est financée à 83% par...des laboratoires pharmaceutiques via une taxe prélevée par l’Etat!

Les inspecteurs chercheront d’éventuelles collusions et des conflits d’intérêts entre l’Afaspps et le laboratoire Servier. Gérard Bapt, pointe trois anomalies dans l’affaire du Médiator :

- Le trésorier de la société de pharmacologie consultée par l’Afaspps pour la mise en marché des médicaments est directeur financier des laboratoires Servier.

- Le conjoint d’un membre de l’Afsapps qui a délivré des autorisations de mise en marché du Mediator est un cadre-dirigeant de chez Servier.

-Deux membres de la commission de mise sur le marché des médicaments de l’Afaspps envoyaient des courriers électroniques sur le Médiator et les travaux d’Irène Franchon à des cadres du laboratoire Servier. « L’Afsapps ne le nie d’ailleurs pas » note Gérard Bapt constatant que celle-ci n’a jamais fait part aux médecins généralistes des études demandées et des doutes émis sur le Mediator. Commentaire du député : « Le principe de précaution ne fonctionne pas pour le médicament. Certains ont payé au prix fort les risques ».

Pascal Jalabert

Source : http://www.leprogres.fr/fr/france-monde/article/4348359/Apres-le-Parlement-la-justice-s-empare-du-Mediator.html

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Publié dans Santé

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