Régionale Bretagne : Le Drian-Hascoët. Un divorce annoncé
La rupture entre Le Drian et Hascoët place la Bretagne dans une situation originale et inédite, mais pas imprévisible pour autant. De nombreux signes avant-coureurs permettaient d'imaginer que la négociation achopperait. Histoire d'un divorce, après six années d'une vie commune sans fâcherie.
Mars2004.
La négociation du second tour entre les têtes de liste Jean-Yves Le Drian et PascaleLoget aboutit à 47 élus au premier et onze élus à la deuxième. Les Verts ronchonnent, ça leur donne autant de sièges (sept) que lePC qui pèse trois fois moins dans les urnes bretonnes. Réponse de Le Drian: c'est la prime aux alliés du début et vous n'aviez qu'à venir avec moi au premier tour pour être mieux servis. La majorité fonctionnera sans accroc pendant six ans, mais l'amertume n'a pas été oubliée.
Mars2008.
Les Verts se déchirent pour les municipales de Rennes. Les minoritaires (dont Pascale Loget) partent avec le socialiste Delaveau au premier tour. Ils sont aussitôt exclus du parti, mais élus. Les majoritaires ne font pas 10% et sont éliminés. C'est la naissance d'une querelle stratégique intestine qui, partie du bastion vert de Rennes, va contaminer durablement toute l'écologie politique bretonne.
Juin2009.
Aux européennes, les Verts bretons font 17,5% et devancent de peu le PS. À Rennes, ils devancent même l'UMP avec 28%. Chacun comprend ce soir-là qu'il y aura une primaire à gauche aux régionales.
Juin2009.
Au lendemain de l'élection, l'association BretagneÉcologie sort du bois. Discrètement déclarée quelques mois plus tôt, elle réunit des Verts, des anciens Verts (exclus ou démissionnaires) et des proches du parti et se donne pour objectif de rassembler les écologies de gauche au-delà des partis. Elle apparaît dès lors comme un «sous-marin» de LeDrian, piloté par la minorité verte stratégiquement favorable à l'union de premier tour.
Été 2009.
La décision des Verts et de l'UDB est prise, ils partiront de leur côté aux régionales. Reste à trouver un leader. Ce sera Guy Hascoët, cofondateur des Verts, ancien ministre, ancien vice-président de Région, ancien élu municipal de Lille, ancien parlementaire. Un CV à la Le Drian. Ce dernier n'apprécie pas. Un deuxième crocodile dans le marigot?
Fin 2009, début 2010.
Les communistes bretons n'arrêtent pas de voter au sujet de l'union dès le premier tour avec le PS. Une majorité de 57% se dégage en faveur de l'union. Mais la minorité, emmenée par Gérard Perron, pilote aussi sa liste.
Janvier.
Les radicaux de gauche, représentés dans la majorité sortante, négocient leur présence sur la liste Le Drian. Ils n'y seront pas. «À trop vouloir, on n'obtient rien», explique le président. Un message adressé aussi, par anticipation, à EuropeÉcologie.
Février.
Les listes sont déposées. Celle de Le Drian compte, sans surprise, onzecandidats issus de BretagneÉcologie (cinq en position éligible, dont deux élues vertes sortantes, exclues), des communistes et des «personnalités».
Dimanche, 20h30.
Commentaire à chaud de Le Drian, ravi de son score. «Nous sommes ouverts mais quand on approche des 40%, on reste sur la base de son projet». Et quand on a une «liste cohérente de rassemblement», on ne veut pas la chambouler, laisse-t-il entendre.
Lundi.
EuropeÉcologie Bretagne veut 14 élus, Le Drian en proposedix. À 19h30, la rupture est constatée. À 22h, elle est consommée et le PS fait rouler ses affiches. Comme en 2004, LeDrian fait valoir que les Verts et l'UDB auraient été mieux servis en faisant l'union de premier tour. Et comme pour le PRG, il commente: «Quand on veut trop, on perd tout».
- Alain Le Bloas
Source : http://letelegramme.com/ig/generales/fait-du-jour/le-drian-hascoet-un-divorce-annonce-reagissez-17-03-2010-827820.php