Les dictateurs ça s' en va... Et parfois ça revient...! Haïti : Duvalier sème l'émoi et divise le pays
Le retour d'exil de l'ancien président « à vie », chassé par une révolte populaire, en 1986, a surpris tout le monde, dimanche soir.
La surprise n'a pas été feinte. Jean-Claude Duvalier en Haïti ? « Si c'est une blague, elle est de mauvais goût », répondaient les gens à la rumeur du retour de « Baby Doc », qui avait régné à la mort de son père - François Duvalier, auto-proclamé président à vie » - de 1971 à 1986 avant d'être chassé par un soulèvement populaire sanglant.
Coup de poker politique ou coïncidence fâcheuse ? Le retour de « Baby Doc » en Haïti, après vingt-cinq ans d'exil en France, ne fait pas que surprendre. Il sème aussi la confusion dans l'esprit des Haïtiens et ajoute à l'incertitude politique qui enveloppe le pays depuis le 28 novembre, date du premier tour de l'élection qui devait désigner un remplaçant à René Préval.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Michèle Montas, ancienne journaliste, veuve de Jean Dominique, figure de l'anti-duvaliérisme des années 70, et Lilianne Pierre-Paul, journaliste emprisonnée et exilée sous son régime, parlent de « choc terrible ». Elles dénoncent ce retour et mettent en garde contre les révisionnistes.
Les organisations de droits de l'homme demandent que Jean-Claude Duvalier soit « jugé » pour ses crimes. Dans l'autre camp, des « fanatiques » expriment « leur satisfaction » et des jeunes qui n'ont pas encore 20 ans scandent : « Si Duvalier était là, ma situation ne serait pas aussi déplorable. »
Nul ne connaît les motivations de l'ancien dictateur. « Je suis venu pour aider », s'est-il contenté de dire à sa descente d'avion. « Duvalier est un citoyen haïtien qui rentre au pays comme il en a le droit », a réagi dimanche le Premier ministre, Jean-Max Bellerive. « J'espère simplement que cela ne va pas compliquer une situation politique déjà tendue », avait-il ajouté.