Heuliez à peine rachetée, l'usine de voiturettes fermée... Ou comment fabriquer de l' argent en détruisant des vies !

Publié le par Carland

Le repreneur, propriétaire d'Heuliez, a décidé de transférer la production dans les Deux-Sèvres. Les salariés bloquent l'usine JDM, près d'Angers, pour obtenir de meilleures conditions de départ.

Depuis vendredi, « son » usine n'est plus. Définitivement fermée. Vingt-sept ans qu'il travaillait ici chez JDM, à Avrillé, aux portes d'Angers. Qu'il y montait des voitures sans permis. Vingt-sept ans et ça se termine « comme ça ». Michel, 55 ans, 1 200 € nets par mois, maugrée, sourit nerveusement pour cacher cette colère rentrée qui le ronge. Deux mois que ça dure. Deux mois que le repreneur a annoncé la fermeture du site et le transfert de la production dans ses ateliers d'Heuliez, à Cerizay, dans les Deux-Sèvres.

« Pris pour des sauveurs »

Comme une trentaine d'autres salariés, Michel bloque l'usine. Pour que la nouvelle direction ne mette pas la main sur le matériel. Pour négocier aussi une prime « supra légale de 20 000 euros », en plus des indemnités de licenciement. Il y tient. « Sinon, ce sera que dalle, 12 000 euros. » Alors, depuis vendredi, il ne bouge pas. Dort ici, tente de se réchauffer devant le brasero. Et se souvient : « Avant, c'était familial, tranquille, artisanal. »

Il l'aimait, son boulot, Michel. Quand le directeur, envoyé mi-novembre par le groupe BGI, a déclaré que lui et ses collègues ne fabriquaient pas des « fusées Ariane », et donc qu'il pourrait se passer du savoir-faire des ouvriers, il s'est renfrogné : « C'est plaisant d'entendre ça... »

« Fin septembre, quand ils ont racheté la boîte, raconte Mickaël Champagne, 30 ans, ils nous ont assuré qu'ils n'étaient pas des cow-boys. Ils sont même allés jusqu'à nous promettre que tout resterait ici. » « Oui, on les a pris pour des sauveurs, avoue Michel. Et puis, vous voyez... »

Au bout du compte, ils seraient une petite dizaine (sur 43 au total) à vouloir aller travailler dans les Deux-Sèvres. « Près de 300 km par jour, pour gagner si peu, non ! Même avec des indemnités de transport », s'énerve cet ouvrier. De négociation en négociation, les indemnités de transport, de déménagement... ont augmenté. Qu'importe, la majorité des salariés préfère le licenciement à la mutation.

« La prime supra légale, ce sera 4 000 euros. Ou sinon, on dépose le bilan », avertit Luc Jaquelin, le directeur. Du « chantage », comme le dénonçaient, hier soir, les salariés ? « Non, on a déjà remis deux millions d'euros dans cette entreprise pour payer les salaires et les dettes. À un moment, on ne peut plus. »

« Comment les croire ? soupire cet ouvrier, ils nous ont dit tout et son contraire. »

Jean-François MARTIN.
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Publié dans Social

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