Finistère : ADMR. Motivations et faiblesses d'un réseau

Publié le par Carland

Il y a un an, l'affaire ADMR éclatait dans le Finistère. Aujourd'hui encore, elle fait l'actualité. Un rapport de l'Inspection des affaires sociales (Igas), daté de janvier2008, éclaire sur les motivations et les faiblesses d'un réseau national opaque.

Un maillage exceptionnel du territoire.
En 2005, parmi les opérateurs de l'aide à domicile en France, l'Aide à domicile en milieu rural (ADMR), est le réseau le plus important, avec plus de 3.200 associations intervenant auprès de 500.000 bénéficiaires. Son effectif, tous modes d'intervention confondus, atteint alors 37.000 équivalents temps plein, pour 72.000aides à domicile.

Un marché public juteux.
La mise en place du dispositif de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), qui permet le maintien des personnes âgées à domicile, a fortement gonflé l'activité du secteur. Un marché public, juteux, très convoité. L'ADMR y a un large accès mais doit faire face à une concurrence accrue.

Une idéologie marquée.
Le projet politique de l'ADMR date de 1994 et reprend les objectifs fondateurs du mouvement résumés par le concept du «Triangle d'or», symbolisant le lien noué entre l'usager, le bénévole et le personnel d'intervention. Ses «écoles des présidents et des militants» lui permettent d'asseoir sa doctrine. «Ce projet a vieilli», dit l'Igas. La place du bénévolat et les conditions d'animation du réseau sont déjà deux problèmes majeurs.

Union nationale: de l'associatif à l'entreprise.
L'union nationale, association à but non lucratif, ne compte qu'une vingtaine de salariés. Les bénévoles sont indispensables à son fonctionnement. Il y a dix ans, face à l'élargissement des activités de services à la personne et à la montée de la concurrence, l'ADMR s'éloigne des valeurs associatives, se tourne vers celles de l'entreprise, définissant des domaines clés sur lesquels elle doit agir:développement de partenariats, connaissance du portefeuille clients, développement du marketing par le réseau, etc. Elle filialise une partie de ses services et dispose aujourd'hui d'une société de formation «Adyfor», d'une plate-forme de traitement d'appels «Adomi», d'une entreprise d'installation de dispositifs de téléalarme «Filien», d'un organisme d'informatique «NSI», d'une enseigne nationale, «Personia», adossée à des partenaires du secteur de l'assurance-prévoyance ou bancaire. Le réseau associatif les fait vivre. Tous les cadres de l'Union nationale ont des responsabilités majeures dans les filiales privées et des salariés de l'Union travaillent pour elles.

Un lobbying politique efficace. L'ADMR est visible de tous et surtout des responsables politiques. L'union nationale joue un rôle de lobby auprès des pouvoirs publics pour faire prévaloir ses intérêts. Lobby particulièrement efficace auprès des parlementaires qu'elle alerte régulièrement. Elle est aussi présente dans les instances officielles nationales des services à la personne (ANSP) et est souvent consultée, de manière informelle, par les cabinets ministériels. Face à cette présence monopolistique, une tendance se dessine parmi les conseils généraux, principaux financeurs, qui visent l'organisation d'une offre alternative.

Ses faiblesses.

Dans son rapport, l'Igas pointe de nombreuses faiblesses telles qu'une prise en considération insuffisante des conditions de travail et un dialogue social qui n'est pas de bonne qualité. Elle préconise d'engager, d'urgence, une réflexion sur le bénévolat en concurrence parfois avec les salariés et indique qu'il est nécessaire d'améliorer la qualité des prestations fournies. Dans le Finistère, la gouvernance, en place depuis de longues années, et soutenue par l'Union nationale, ne veut pas abdiquer quand d'autres bénévoles ne désirent s'investir que dans le lien social et s'épuisent dans les missions qui leur sont aujourd'hui confiées.

* L'Igas a mené ses investigations au siège de l'Union nationale et dans six départements.

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Publié dans ADMR 29

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