Appel à la resistance dans l’education nationale

Publié le par Carland

APPEL DU 18 JUIN 2010

Les Ministres, qui depuis de nombreuses années, sont à la tête de l’Education Nationale ont semble-t-il renoncé à leur devoir : faire de l’Ecole Publique, gratuite, laïque et obligatoire, le tremplin de l’émancipation et de l’autonomie par l’intelligence, ce pour tous les enfants sans distinction. Ces derniers (même sans papiers !) sont les citoyens du Monde de demain…

Les Gouvernements qui soutiennent ces Ministres, alléguant du sempiternel mensonge du « niveau qui baisse » se sont définitivement mis en rapport avec l’ennemi : l’esprit du Capital qui veut rendre marchand l’acte d’enseigner - l’acte d’apprendre.

Certes depuis 2007 nous avons été, nous sommes, submergés par les attaques frontales qui déstabilisent les rythmes, les contenus, les pratiques et même la formation (initiale et continuée) qui font le cœur même du métier d’enseignant.

Infiniment plus que les choix répétés des coupes budgétaires– (selon le bon adage qu il faut dégraisser le Mammouth) - c’est la force populiste d’une communication censée flatter les désirs de chaque famille qui nous fait reculer. Devant les assauts répétés des Petits Chefs aux ordres, les menaces et la répression pernicieuse, le corps des enseignants s’est replié, atomisé, jusqu’ à la dissolution, et la souffrance au travail. Redoublant de violence symbolique, la posture et la fonction de l’enseignant sont même insultées au point d’être ravalées au dessous de tout : « moins que le prêtre l’autre figure de la restauration conservatrice »

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance - celle d’un Véritable Service Public d’Education Unifié irrémédiablement imperméable au système marchand - doit-elle disparaître ?

Notre défaite du moment est-elle définitive ? Non !

Certes le constat est difficile : une stratégie syndicale et associative trop timide, des erreurs commises dans le mode perlé des opérations et actions de refus, l’esprit d’abandon de certaines organisations, elles mêmes vidées de leurs combattants. L’ensemble de ces faits enchevêtrés peuvent nous faire croire que nous avons perdu la bataille de l’Ecole. Mais la Bataille de l’Ecole est une bataille parmi d’autres dans la guerre libérale contre les Services Publics. Et si nous avons perdu des batailles nous n’avons pas perdu la Guerre !!!

Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent amener un jour la victoire. Pour l’Ecole, pour la Santé, Pour la Justice. Pour les Services Publics Non Marchandisés.

Croyez-nous, nous Enseignants-Résistants qui vous parlons en connaissance de cause. Nous vous disons que rien n’est perdu pour l’Ecole, de la Maternelle à l’Université.

Il nous reste un vaste empire, celui de l’intelligence que nous avons mission de transmettre. Il nous reste des alliés – les citoyens organisés ou pas - dont les ressources sont immenses, et qui dans la réalité doivent faire mentir les sondages complaisants.

Il nous reste les gigantesques possibilités de la prise de conscience collective, y compris dans la hiérarchie de l’institution : en son sein des voix s’élèvent qui disent clairement depuis le 3 Juin dernier : "Il est nécessaire que chaque inspecteur, chaque personnel de direction, refuse les mensonges et les manipulations ainsi que le soutien à une politique de démantèlement de la Fonction publique aux conséquences désastreuses pour l’ensemble de la population."

Nul ne peut prévoir si les citoyens (parents, enseignants) qui apparaissant neutres et endormis aujourd’hui, le resteront demain. Si les forces de l’intelligence ne triomphent pas de celles de la servitude volontaire au capital, quel sera le destin d’une Ecole définitivement soumise à l’ennemi ? Pire quel monde de barbarie mercantile laisserons-nous à nos enfants et petits enfants ?

L’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur d’une civilisation de la conscience collective permanente - donc de la solidarité et de la coopération - commandent à tous – anciens enfants-élèves devenus en partie et autonomes et libres - de continuer le combat. Là où nous vivons, là où nous travaillons, comme nous le pourrons mais surtout le voudrons.

Il est, par conséquent, nécessaire de se regrouper partout où cela se peut, pour devenir une force aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni en fait d’éléments, individuel, associatif, syndical, voire Politique (au sens grec du terme), doit être organisé partout où il y a. désir de le faire.

Nous, Mouvement des Enseignants en Résistance sur l’ensemble du Territoire

nous engageons à fédérer toute initiative qui ira dans ce sens. Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de l’Ecole. Elle est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y ait, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour l’Ennemi. A ce titre notre appel deviendra un élément parmi d’autres de l’APPEL des APPELS. (http://www.appeldesappels.org/)

Nantes, le 18 Juin 2010.

Elban Gissani Professeur des Ecoles docteur en Sciences de l’Education Chargé de cours à l’Université

Source : http://www.rezocitoyen.org/spip.php?article9134

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