Véolia. Une bien étrange enquête...

Publié le par Carland

8349.preview.jpgL'enquête sur de supposés délits financiers dénoncés par une ex-salariée du groupe Veolia eau ouest serait sur le point d'être bouclée. Sans aucune garde à vue, ni mise en examen.

Pschitt! Envolée ou presque la longue liste d'accusations lancées, en septembre2009, contre Veolia eau ouest. Ces dénonciations de supposés délits financiers par une ancienne salariée avaient atterri sur le bureau du procureur de Rennes en juillet2010. Elles avaient débouché, laborieusement, sur l'ouverture d'une enquête préliminaire, un mois plus tard. Le mari de l'ex-salariée, lui-même ex-directeur financier de Veolia eau ouest (licencié en novembre2008), avait appuyé les propos de son épouse et livré, avec parcimonie, un certain nombre d'éléments aux enquêteurs. Pistes qui ont conduit, fin 2010, le parquet à ouvrir une information judiciaire confiée à une juge d'instruction rennaise, pour «trafic d'influence, abus de biens sociaux et présentation de comptes inexacts».

Des voyages «d'études»

Deux mois plus tard, la police judiciaire était (enfin) autorisée à lancer une série de perquisitions au siège interrégional de Veolia eau ouest à Rennes, et dans les bureaux de son antenne de Saint-Malo (35). Saisis à cette occasion, les livres de comptabilité de Veolia n'ont livré qu'une très maigre récolte: deux noms d'élus de l'Ouest ayant bénéficié d'un voyage de six jours, avec leur épouse, à l'occasion de l'arrivée du bateau Veolia-SIL à Bahia, au Brésil, lors de la transat JacquesVabre de 2005. De classiques relations clientèle ou de communication avec des partenaires, aurait indiqué Veolia. Information confirmée par les élus concernés qui ont assuré, par ailleurs, que ces relations n'avaient donné lieu à «aucune contrepartie». Rien d'illégal, donc.

Pas de garde à vue:«Inhabituel»

Quid des séjours organisés pour d'autres élus? Des «voyages d'études» pour visiter des installations (stations d'épuration, usine de traitement des eaux), aurait encore répondu Veolia. Installations qui, certes, étaient opportunément situées dans des régions au cadre de vie pittoresque (Corse, etc.). Selon nos informations, les enquêteurs ont rencontré de singulières difficultés dans leurs investigations: éléments de comptabilité disparus, ordinateur saisi, mais purgé de ses documents les plus récents... Plus surprenant: les enquêteurs n'ont, à aucun moment de l'enquête, pu placer les personnes qu'ils souhaitaient interroger en garde à vue. «Une enquête sans moyens de contrainte, c'est plutôt inhabituel. C'est en tout cas se donner peu de chances de trouver des éléments à charge», observe un habitué des enquêtes financières.

Un bateau «acheté à trois»

Un troisième élu, heureux propriétaire d'un bateau à moteur et d'une remorque d'une valeur de 16.000€, en juillet2006 (LeTélégramme du 25février dernier), a également été entendu, avec l'administrateur d'une filiale de Veolia et un cadre supérieur du groupe. Tous les trois ont assuré avoir acheté le bateau à trois, ce que semblent prouver les chèques émis à cette occasion. Selon nos informations, les enquêteurs suspectaient néanmoins que les sommes versées avaient été remboursées par de faux frais. Mais rien n'a pu être prouvé. Les déclarations du trio sont en tout cas en contradiction avec le témoignage du vendeur de bateau, que nous avions pu rencontrer. Celui-ci n'avait reçu que les deux cadres de Veolia, qui lui avaient alors déclaré que cet achat était «un cadeau pour un départ à la retraite».

Aucune charge sérieuse

Troisième et dernier volet exploré par les enquêteurs: la piste de faux comptes remis à certaines collectivités locales. Des comptes qui auraient été tronqués, de manière à justifier un prix de l'eau élevé. Là encore, les enquêteurs ne seraient parvenus à aucun résultat probant. Sauf rebondissement, cette enquête pourrait donc se conclure par un non-lieu ou quelques poursuites sur des faits annexes, insignifiants au regard des sommes évoquées au départ de cette affaire.

Publié dans Société

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