Scandale Ikea. Les salariés brestois également ciblés

Publié le par Carland

Chez Ikéa les meubles sont en sciure compressée... Seule la langue et les "valeurs" sont en bois d'arbre !

C.

ikea.JPGIkea, le géant suédois du meuble en kit, aurait espionné et fiché à grande échelle ses salariés français et même certains clients, selon le Canard Enchaîné. Le site brestois serait concerné, selon de nouvelles révélations du journal en ligne Mediapart.

Des salariés irréprochables. C'est visiblement ce qu'attend Ikea de chaque nouvel embauché. Pour s'en assurer, le géant suédois du meuble en kit ne semblerait pas se satisfaire du casier judiciaire exigé pour la plupart de ses recrues. Ikea France a, en effet, fait appel, au moins entre2003 et2009, à une officine privée qui a passé au crible les listes de postulants qui lui étaient fournies par le responsable sécurité du groupe, à Paris, selon des mails échangés entre l'entreprise et les enquêteurs privés et publiés par le Canard Enchaîné et Mediapart. L'officine avait, semble-t-il, accès au plus important fichier de police, le Système de traitement des infractions constatées(Stic), qui recensait, en 2009, près de34millions d'individus. Problème: ce fichier n'est accessible qu'aux seuls officiers de police judiciaire. De plus, il est imprécis car il mêle 6,5millions de mis en cause et plus de 28millions de... victimes d'infractions. Enfin, il est extrêmement peu fiable et régulièrement mis en cause. En2005, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) estimait que près de la moitié des informations du fichier étaient erronées (20% estimées rigoureusement exactes en 2011)! L'accès à d'autres fichiers confidentiels (carte grise, permis de conduire, opérateurs téléphoniques) est également mis en lumière par les échanges de mails.

Une cliente morlaisienne visée

Pour quelle raison le géant suédois du meuble souhaitait-il disposer de ces informations? «Pour repérer les sujets à risques», avance Mediapart. Particulièrement visés: les cadres du groupe, les militants syndicaux (profils demandés), les agents de caisse et le personnel affecté à la sécurité. Mais les salariés ne semblent pas être les seuls visés. Ikea semble pousser très loin ses exigences de sécurité. Même vis-à-vis de certains de ses... clients. Mercredi dernier, le Canard Enchaîné citait le cas d'un litige commercial avec une cliente morlaisienne qui, en juin2007, réclamait4.000€. Litige qui pousse le responsable sécurité d'Ikea France à fournir à l'officine, nom et coordonnées complètes de sa cliente pour «une recherche». «Qui est propriétaire ou locataire à cette adresse?» et «Cette personne est-elle connue des services?».

Rassurants à Brest

Ces pratiques illégales se seraient multipliées pour au moins 24 des magasins français. Jusqu'à ce qu'elles soient dénoncées au parquet de Versailles, la semaine dernière, par l'Union Force ouvrière de Seine-Saint-Denis, qui a déposé plainte contre X. Les faits concernaient le magasin Paris-Nord. L'affaire n'éclate que mercredi dernier, dans Le Canard Enchaîné. À Brest, comme dans la plupart des enseignes du groupe, un simple communiqué informe alors les salariés de l'affaire. Une employée témoigne: «La direction nous a rassurés, en disant que tous les magasins n'étaient pas concernés et qu'une enquête était lancée. Notre directeur a insisté pour nous dire qu'il trouvait très important de préserver la vie personnelle de ses employés».

190 des 250 salariés brestois ciblés

De nouveaux extraits de mails publiés hier par Mediapart semblent dire le contraire. Plusieurs «fournées» de recrues brestoises ont été confiées à l'officine privée. En septembre2007, six mois avant l'ouverture du magasin, une demande est formulée sur NicolasA., qui a décroché un poste aux ressources humaines. Onze jours plus tard, c'est au tour de ChristopheL., futur responsable du département «Caisse, services et relations clients». Suivent dix noms le 22octobre, deux le 5novembre, 61 en décembre, 44 en janvier2008, 28 en mai et 46 en septembre... En tout, 190 des quelque 250 salariés du site auraient finalement été passés au crible. Les révélations de Mediapart apportent un fait nouveau: la direction du site brestois semble être au courant de ces pratiques. Le 27décembre, le responsable sécurité avertit Brest que l'une de ses recrues pose problème. «Elle est connue pour usage de stupéfiants à Quimper, en 2006». Contacté hier soir, le directeur du magasin brestois a indiqué au Télégramme qu'il «ne souhaitait pas s'exprimer», précisant «qu'une enquête était en cours». Interrogé par Mediapart, l'unique délégué syndical du site indiquait «être tombé des nues». Joint par Le Télégramme hier soir, celui-ci ne souhaitait plus faire de commentaires, se contentant d'évoquer «une situation difficile» et «une future réunion des délégués du personnel»... dans dix jours!

Publié dans Ikéa

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