Retraites : Le PS pour la casse des régimes de retraite

Publié le par Carland

rose1bv-718b4.jpgLe paysage socialiste du début de l'année, c'est une première secrétaire qui a mangé son pain noir en 2009 et qui veut engranger les bénéfices de sa patience. Sûre d'elle, elle engage la bataille sur les retraites. En commençant par son parti.

Des sondages la placent à égalité avec Dominique Strauss-Kahn dans les vœux d'avenir des Français. La compétition objective entre la maire de Lille et le directeur général du FMI se joue sur la compétence et sur la capacité à rassembler plutôt à gauche (Aubry) ou plutôt au centre (Strauss-Kahn).

Ce n'est sans doute pas un hasard si la première interpellation adressée à Martine Aubry sur la question des retraites est venue d'un député strauss-kahnien. Jean-Marie Le Guen, qui est aussi président du conseil d'administration de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, a envoyé à la première secrétaire, le 12 janvier, une lettre.

Il y affirmait que « le PS doit demander très officiellement à être associé aux discussions sur l'avenir des régimes de retraite » et « se déclarer prêt à contribuer si possible à un compromis social sur cette grande question ».

Démonstration de réalisme politique ou culture de la rupture ?

La question est d'abord stratégique. Le PS doit-il démontrer son réalisme économique, afin d'empêcher Nicolas Sarkozy et la droite de se présenter comme les seuls gestionnaires sérieux face à des oppositions démagogiques ?

Ou bien doit-il au contraire cultiver la rupture, afin de laisser le moins d'espace possible à la gauche radicale ou extrême ?

Tactiquement, vaut-il mieux refuser le débat avec le gouvernement, en récusant des bases que l'on proclamerait faussées ? Ou bien est-il plus habile d'accepter et même de réclamer la concertation, afin d'obliger le pouvoir à choisir, lui, entre la recherche du consensus et le dogmatisme ? Manuel Valls et Arnaud Montebourg se sont prononcés dans le même sens que Le Guen.

Avec les retraites Aubry donne un signal au centre

Martine Aubry, qui a envoyé des messages aux électeurs les plus radicalement antisarkozystes - sur l'immigration, sur le droit de vote des étrangers, sur la réduction du nombre de fonctionnaires - a donné un signal au centre en déclarant que l'âge de la retraite « doit aller très certainement (…) vers 61 ou 62 ans ».

Son propos était un pas vers le réalisme et l'ouverture à la discussion, qu'elle a dit accepter « si le président de la République est prêt à travailler véritablement sur la base de principes justes ».

Il n'en fallait pas plus pour qu'une partie des socialistes vienne lui casser l'ambiance et donner l'impression que, contrairement à ce qu'on avait pu croire, le congrès de Reims n'était toujours pas fini. Le plus spectaculaire, à cet égard, a été la réaction du porte-parole du parti, Benoît Hamon, qui a repris illico sa casquette de chef de courant en se déclarant contre la position de la première secrétaire.

Le signal était donné pour une rediffusion de programmes parfois très anciens. Ce mercredi, Henri Emmanuelli et Michel Rocard nous ont rejoué le combat entre la première gauche (mitterrandienne) et la deuxième (rocardienne), le premier affirmant que le second se trompait sur les retraites depuis le Livre blanc qu'il avait fait établir quand il était premier ministre, il y a vingt ans.

Le pari audacieux de Martine Aubry

La première secrétaire a fait observer au bureau national, mardi, que ceux qui la critiquent font un cadeau à la droite, en permettant à celle-ci de dire que les socialistes ne sont pas en état de proposer une solution au problème du financement des retraites. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, n'y a pas manqué. François Fillon a mis le PS au défi de « persévérer » dans la voie indiquée par Martine Aubry.

En adoptant cette position, la principale dirigeante du parti fait un pari audacieux, mais devenu incontournable : réunir autour d'elle une vraie majorité politique, et non plus seulement une majorité d'appareil.

A charge, pour les autres, de savoir s'ils marchent avec elle ou s'ils préfèrent ramener les socialistes un an en arrière.

Source : http://www.rue89.com/politiques-crise/2010/01/20/retraites-martine-aubry-engage-la-bataille-au-parti-socialiste-134668


Publié dans Politique

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