Angleterre. Pourquoi les fonctionnaires ont bien raison de faire grève

Publié le par Carland

Deux millions de Britanniques, salariés du secteur public, participent ce 30 novembre à un mouvement de grève d'une ampleur inédite depuis  trente ans. The Guardian défend le combat de ces fonctionnaires contre la réforme des retraites.

30.11.2011 | Seumas Milne | The Guardian

L'assaut fébrile lancé contre les fonctionnaires britanniques et leurs syndicats atteint son paroxysme. David Cameron a déclaré que les grèves du 30 novembre représentaient le "summum de l'irresponsabilité". [Le secrétaire d'Etat et Trésorier payeur général] Francis Maude prétend qu'elles vont infliger des "dommages considérables" à l'économie. Leurs pompoms girls du Sun soutiennent que les arrêts de travail - déclenchés par les travailleurs sociaux, les éboueurs, les pompiers, les enseignants et le personnel soignant - pour défendre leurs "retraites dorées" sont "imprudentes" et "égoïstes". Le Mail dépeint leurs chefs de file comme des "monstres antédiluviens".

Les oligarques des médias, pour lesquels personne n'a voté et qui refusent de reconnaître les syndicats eux-mêmes, ainsi que des ministres mis au pouvoir par moins d'un quart de l'électorat, ont le toupet de remettre en question le droit des salariés du service public à faire la grève sous prétexte qu'un vague vote à la poste aurait donné moins de 50 % de voix favorable à l'action. Dans sa grande majorité, l'opinion publique, à en croire le tout dernier sondage Comres pour la BBC - en particulier les femmes -, ne serait pas de cet avis et approuverait les grèves. Mais ne soyons pas surpris si quelques fonctionnaires, avec leurs "retraites dorées" qui se montent en moyenne à 6 500 livres (7 500 euros) par an et 4 000 livres (environ 4 600 euros) pour les femmes, se sentent intimidés par la virulence de l'hostilité des autorités alors qu'ils souhaitent exercer leur droit démocratique fondamental à se mettre en grève.

Il y a donc cinq raisons pour lesquels les salariés de la fonction publique ont raison de débrayer cette semaine :

1. Il ne reste qu'un moyen de défendre les retraites, l'action sociale. Le gouvernement s'efforce de faire en sorte que la plupart d'entre nous paient plus et travaillent plus longtemps pour moins d'argent. Ce n'est pas pour financer les retraites parce que les gens vivent plus longtemps, mais pour contribuer à rembourser le déficit dû au renflouement des banques et à la crise qu'elles ont provoquée. La hausse de 3,2 % des contributions sociales est un impôt sur la main d'œuvre dont le niveau de vie a été sévèrement étranglé par un gel répété des émoluments. Les retraites, quant à elles, ne sont pas un privilège, mais un paiement différé. Protéger les salaires et les conditions de travail, c'est précisément la mission des syndicats.

 2. Les grèves servent à défendre le service public, pas seulement les fonctionnaires. En abaissant les salaires, les retraites et les conditions de travail dans le secteur public, le gouvernement va également entraîner une baisse de la qualité de ses services. C'est pour cette raison que Sue Foster-Agg - la directrice d'école que David Cameron avait si vivement félicitée de ne pas avoir participé à la grève de l'enseignement en juin - a décidé de manifester ce mercredi. "Ce que je crains, c'est qu'ils n'attirent pas les meilleures personnes vers les métiers de l'enseignement", expliquait-elle le weekend dernier. Au lieu d'aider les retraités du privé dont les pensions sont encore plus réduites ou inexistantes (et où les abattements d'impôts bénéficient aux plus aisés), cette offensive contre les retraites du secteur public ne fera qu'accélérer un mouvement général de nivellement par le bas.

 3. La protection des retraites du secteur public est un atout, non un handicap, pour l'économie. Le principal problème de notre économie aujourd'hui est la faiblesse de la demande et de l'investissement. Les projections économiques montrent que le programme de réduction des dépenses du gouvernement ne marche pas et qu'il nous conduit droit à la récession. En augmentant les contributions du secteur public, en réduisant les droits à la retraite et en diminuant les salaires réels, le gouvernement ne peut qu'aggraver la situation. Loin de nuire à notre économie, plus les syndicats du public sauront défendre leurs conditions de travail - et réduire les dépenses -, mieux l'économie se portera.

source : http://www.courrierinternational.com/article/2011/11/30/pourquoi-les-fonctionnaires-ont-bien-raison-de-faire-greve

Publié dans Social

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article