NPA : Trois questions sur les médias

Publié le par Carland

Questions posées par Acrimed.

logo-soutien.png1. Envisagez-vous de mettre un terme à l’appropriation des médias par des groupes dépendants de marchés publics ? Si tel est le cas, comment pensez-vous procéder ? Plus généralement, envisagez-vous de limiter les concentrations dans le secteur des médias ? Quelles sont les dispositions législatives que vous proposez ? Selon quels critères seraient fixés les seuils de concentration autorisés ?

Réponse. L’appropriation privée des médias est pour nous la racine des deux problèmes principaux que posent les médias dominants : leur faible indépendance à l’égard des pouvoirs économique et politique, et le pluralisme (idéologique, politique, culturel) anémié qui les caractérise. Une critique radicale des grands médias ne peut donc se passer de propositions pour en finir avec l’emprise du capital et de l’Etat sur ces biens publics que constituent l’information et la culture. Outre la refondation du service public (voir plus bas), le NPA propose des transformations radicales du secteur privé. Si un secteur privé sera laissé à la libre initiative d’individus ou de groupes d’intérêts politiques, syndicaux, sociaux, culturel, sportifs, etc., ces derniers ne pourront détenir plus d’un titre. Nous proposons par ailleurs que les partis politiques qui parviennent à réunir un certain nombre (à déterminer) de signatures de citoyens puissent bénéficier des moyens de publier et diffuser un journal d’opinion quotidien. Cette disposition permettra l’exercice d’un véritable pluralisme idéologique et politique.

Par ailleurs, des dispositions anti-concentration drastiques seront appliquées : outre la définition d’un seuil de concentration capitalistique, ainsi que d’audience ou de diffusion, un seul titre ou canal pourra être possédé par une personne, un groupe de personnes ou une entreprise. Nous interdirons par la loi à des entreprises bénéficiant des commandes publiques, comme aujourd’hui Dassault, Lagardère ou Bouygues, de détenir, même indirectement, des médias (voir la question de TF1 plus bas).

Dans la presse écrite, outre les mesures évoquées plus haut permettant aux partis et syndicats de publier des journaux quotidiens, le fonds de soutien aux médias alternatifs dont nous proposons la création (voir plus bas) permettra de soutenir financièrement les initiatives coopératives et la presse alternative. De même, la création d’un service public de l’impression autorisera une modulation des coûts selon le statut des entreprises de presse (au prix fort pour les médias capitalistes, faible pour les médias du tiers-secteur). Enfin, la renationalisation de la Poste permettra une diffusion égalitaire et à faible coût sur tout le territoire, et les statuts des kiosquiers et porteurs de presse seront revus en leur faveur.

2. Alors que le groupe Bouygues n’a pas respecté les engagements pris lors de la privatisation de TF1, il a bénéficié d’une reconduction de la concession jusqu’en 2022. Envisagez-vous de revenir non seulement sur cette concession, mais aussi sur sa date d’expiration ? Envisagez-vous de revenir sur la privatisation de TF1 ? Selon quelles modalités ?

Réponse. Le NPA propose une mesure simple, devant être mise en œuvre immédiatement, qui consistera dans la renationalisation de TF1, dont la privatisation avait été obtenue par la droite revancharde en 1987. La première chaîne sera donc réintégrée au service public de l’audiovisuel que le NPA propose de refonder radicalement (voir plus bas). Bien que le groupe Bouygues ne se soit à aucun moment soucié de respecter le cahier des charges fixé alors, la concession/privatisation n’a jamais été remise en cause (ni par la droite ni par le PS). Au contraire, elle a été renouvelée jusqu’en 2022 sans débat. La renationalisation n’est odnc qu’une mesure de justice. Par ailleurs, nous rappelons que le NPA refuse que l’entreprise Bouygues, groupe bénéficiaire de commandes publiques, détienne un média, quel qu’il soit. Cette déprivatisation permettra aussi de supprimer la concurrence faussée qu’exerce la chaîne de Bouygues à l’égard de la télévision publique, et qui – du point de vue des contenus proposés – tire cette dernière vers le bas.

3. Un service public de l’information et de la culture est-il compatible avec le financement et le périmètre actuels du secteur public, ainsi qu’avec et avec la marginalisation des médias associatifs et coopératifs ? Comment comptez-vous assurer son existence et son développement ?

Réponse. Pour le NPA, secteur public ne veut pas dire service public. En l’occurrence, le secteur public de l’audiovisuel a été en bonne partie dénaturé par des années de politiques libérales. Ces politiques ont été menées par les gouvernements de droite et de gauche, comme en témoigne l’exemple des décrets Tasca (du nom d’une ministre PS de la Culture et de la Communication) évoqués plus bas, ou la privatisation de TF1, réalisée par la droite mais jamais remise en cause par la gauche.

En conséquence, le service public de l’audiovisuel doit être complètement refondé, libéré des logiques mercantiles et rendu indépendant du pouvoir politique. Il devra respecter les droits des salariés, journalistes, personnels administratifs et techniques, mettre fin à la précarité, renégocier tous les accords d’entreprise récemment démantelés et respecter les droits d’auteur. Ce service public des médias, qui associera médias publics (fondés sur la propriété publique) et médias associatifs (fondés sur la propriété coopérative), devra englober toute la chaîne de production. Ainsi, dans l’audiovisuel, la production réintégrera les chaînes publiques, avec l’abrogation des « décrets Tasca », qui privent la télévision publique de la maîtrise de ses programmes. Les salariés des sociétés de production privées seront intégrés dans le service public sur simple demande.

Le financement de ce secteur public se fera grâce à la redevance (qui deviendra progressive et sera donc augmentée pour les ménages disposant de revenus élevés), et à la réorientation des aides à la presse qui seront supprimées pour les médias privés.

Le financement publicitaire, d’abord limité, disparaîtra complètement, en lien avec le passage d’une logique de maximisation des profits à une politique économique fondée sur la satisfaction des besoins. Dans cette période transitoire, la publicité sera lourdement taxée et les revenus dégagés permettront de soutenir la production de contenus audiovisuels de qualité et les médias associatifs.

Ces derniers sont trop souvent oubliés dans les projets politiques sur les médias. Pourtant, malgré leurs moyens souvent faibles, ils donnent d’ores et déjà une idée de ce que pourraient être des médias libérés des logiques capitalistes et exerçant une fonction de service public. Plutôt que de distribuer des aides à la presse à de puissants médias appartenant à de grands groupes (dont nous préconisons le démantèlement), il importe d’assurer un financement pérenne des médias du tiers-secteur, en créant un fonds de soutien aux médias alternatifs.

Dans ce service public de l’audiovisuel, le droit d’expression pluraliste de toutes les composantes de la société – en premier lieu partis, syndicats et associations – deviendra la règle. Les médias qui le composent auront en effet pour obligation d’organiser des débats, réguliers et pluralistes, sur l’ensemble des questions sociales et politiques qui concernent la population. Le Conseil démocratique des médias, dont nous proposons la création (voir plus bas), permettra de contrôler la fréquence et le caractère pluraliste de ces débats. Evidemment, nous nous opposerons à toute privatisation des médias et infrastructures de télécommunications, et revendiquons la renationalisation de France-Télécom/Orange. Nous proposons ainsi de créer un service public des télécommunications, qui permettrait de garantir un accès universel aux technologies disponibles de l’information et de la communication. Il s’agit là d’un enjeu technologique et politique bien trop crucial pour être laissé aux mains d’investisseurs n’ayant pour objectif que le profit.

Cette refondation du service public ne saurait faire l’impasse sur la question de la régulation. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) est, depuis 1989, l’organisme public chargé de contrôler les activités liées à l’audiovisuel (y compris les contenus). Ayant le statut d’« autorité indépendante », cette instance est présentée comme la garante du « pluralisme » et de la « démocratie audiovisuelle » en France. Cette démocratie audiovisuelle n’est pourtant que le faux-nez de la domination du capital sur les médias privés et du gouvernement sur les médias « publics ».

Ses membres sont nommés, pour une durée de six ans, par les présidents de la République, du Sénat et de l’Assemblée nationale. Il va sans dire que les derniers nommés sont tous des proches du pouvoir sarkozyste, et le président actuel du CSA n’est autre que Michel Boyon, ancien des cabinets Léotard et Raffarin. L’attribution de fréquences reflète également cette mainmise des grands groupes privés sur l’audiovisuel. Lors du passage à la TNT en 2005, des télés associatives comme Zaléa TV ont proposé des dossiers pour acquérir les nouveaux canaux nationaux, mais ce sont les groupes AB et Lagardère qui, en toute « indépendance » du CSA bien entendu, ont emporté le morceau. On voit ainsi ce que vaut le « pluralisme » que cette instance est censée assurer et ce qu’il advient de la « démocratie audiovisuelle » sous contrôle capitaliste. Le NPA revendique donc le démantèlement pur et simple du CSA, organe non démocratique et inféodé au pouvoir exécutif. Il propose par ailleurs qu’un nouvel organe, sous contrôle des travailleurs des médias, des usagers et de l’ensemble de la population, soit créé pour réguler l’audiovisuel en France et assurer un véritable pluralisme.

Etant donné l’importance des médias locaux (PQR, chaînes de télévision et radios locales), cet organisme démocratique des médias devrait être décliné au niveau régional. Il pourrait être composé de la manière suivante : une représentation des élus strictement proportionnelle aux résultats électoraux, une représentation des salariés des médias (du secteur public, du secteur privé des médias du tiers-secteur, des journalistes comme des personnels techniques et administratifs) et une représentation des publics (même si cette dernière pose d’indéniables problèmes de représentativité). Cet organisme aura des pouvoirs très importants comme la répartition du financement des médias, le contrôle du pluralisme, des mesures d’audience et de diffusion (permettant notamment de limiter les concentrations), ou encore de la publicité.

Source : http://poutou2012.org/Trois-questions-sur-les-medias?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

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