Néolait. À Yffiniac, les salariés veulent le pouvoir

Publié le par Carland

Les 380 salariés de Néolait, le spécialiste yffiniacais de la nutrition animale, veulent racheter leur entreprise au groupe Provimi. Ils sauront demain si leur seconde offre est acceptée.

RES: trois lettres qui signifient rachat d'entreprise par ses salariés. Trois lettres présentes partout au siège de Néolait, à Yffiniac (22). Sur la chaussée, sur les vitres, dans les bureaux. Un message omniprésent qui traduit la quasi-unanimité des employés du spécialiste de la nutrition animale: 375 d'entre eux (sur 380) sont prêts à verser plusieurs mois de salaires pour acquérir leur entreprise.

La deuxième offre sera-t-elle la bonne ?

Au sein de l'entreprise d'Yffiniac, le projet est sur les rails depuis le mois de novembre2009 (Le Télégramme du 18décembre). Il pourrait aboutir demain. En avril, une première offre est arrivée entre les mains des dirigeants de Provimi * (le groupe néerlandais propriétaire de Néolait). Une offre jugée insuffisante. «Mais ils nous ont donné la possibilité d'en formuler une seconde en nous donnant des éléments financiers supplémentaires», livre un cadre de Néolait. «Nous avons également signé un contrat d'exclusivité. Ils ne peuvent vendre qu'aux salariés». La semaine passée, une seconde proposition (qui reste secrète) a été transmise. La réponse de Provimi devrait intervenir ce jeudi. «Tous les salariés se réuniront au siège à Yffiniac. Ce ne sera pas vraiment une journée de grève, mais plutôt de pressions», poursuit ce cadre de Néolait.

Les décisions aux salariés pas aux actionnaires

Pour les salariés de l'entreprise, ce rachat est avant tout l'occasion de reprendre en mains le destin de leur entreprise. «Nous voulons que le centre de décision soit ici, en Bretagne. Et non entre les mains d'actionnaires financiers qui pensent réduction des coûts et des investissements et pression sur l'emploi». Car les salariés de Néolait (69M€ de chiffres d'affaires) n'ont plus vraiment confiance en leurs propriétaires néerlandais (1,5milliard d'euros de CA). En cause : la vente, un temps envisagée, du siège de l'entreprise d'Yffiniac. Mais aussi la volonté de déménager une partie des services vers l'Ille-et-Vilaine ou encore de fermer une usine Néolait de l'est de la France. «Ils ont aussi voulu modifier les contrats de travail des représentants».

Déjà propriétaires entre 1993 et 1997

Demain, en cas d'issue favorable, l'histoire pourrait se répéter à Yffiniac. Car, entre1993 et1997, les salariés étaient déjà aux manettes. «Mais le contexte économique n'est pas du tout le même. Nous ne sommes absolument pas dans un schéma spéculatif. Il s'agit d'un projet atypique, sans doute le plus important RES de France. Même les banques ont été surprises. Et si nous agissons ainsi, c'est parce que nous croyons en l'avenir de l'agriculture en France et du secteur laitier. Nous voulons que le potentiel des gens en place s'exprime. Sans interventions extérieures», conclut le cadre, qui a souhaité rester anonyme.

* Le groupe Provimi est lui-même détenu par le fonds d'investissements anglais Promira.

Publié dans Economie

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