Nage en eaux troubles pour Félix, le poisson homosexuel

Publié le par Carland

L’homosexualité semble encore taboue pour de nombreuses personnes. Preuve en est, la polémique autour d’un film d’animation poétique (en cours de création) destiné aux élèves de CM1 et CM2 rennais : "Baiser de la Lune". Son thème? L’amour entre personnes de même sexe. Le sujet abordé de façon pourtant simple et légère semble déranger certains esprits "bien pensants". Néanmoins, le projet filmique a également ses défenseurs, à Rennes comme à Dijon...

Quand les amours d’un poisson font des vagues...

Voici le synopsis que l'on peut lire sur le site officiel du film : "Prisonnière d'un château de contes de fée, une chatte, «la vieille Agathe», est persuadée que l'on ne peut s'aimer, que comme les princes et princesses. Mais cette vision (étroite?) de l'amour est bouleversée par Félix, qui tombe amoureux de Léon, un poisson-lune, et par la lune, amoureuse du soleil : deux amours impossibles pour «la vieille Agathe». Pourtant, en voyant ces couples s'aimer, libres et heureux, le regard de la chatte change et s'ouvre à celui des autres. C'est ainsi qu'elle quitte son château d'illusion et se donne enfin, la possibilité d’une rencontre..." Pour financer son projet, Sébastien Watel, le producteur et réalisateur, fait appel mi-janvier à des partenaires institutionnels, ainsi qu’à une souscription publique.


Une polémique politiquement correcte ?

Quelques jours plus tard, un appel à pétition intitulé "Halte aux incitations homosexuelles dans les écoles primaires" est lancé sur le site du journal Les 4 vérités. Cet hebdomadaire de droite libérale considère que "l'intégrité mentale (des enfants) est menacée par ce genre de projet, avec la complicité active de la puissance publique"(Source : Têtu). Cette pétition a été adressée à la région Bretagne et à la ville de Rennes, qui sont partenaires du film. Si les partenaires locaux soutiennent Sébastien Watel, le ministère de l'Education nationale, en revanche, a demandé le retrait de son logo du site. Le ministère de la Jeunesse et des sports, qui a pourtant financé le projet, a effectué une demande identique.

Cette pétition utilise des mots forts et des phrases chocs pour clamer son indignation : "Les parents français sont fondés à refuser que la propagande pernicieuse et l’idéologie du lobby homosexuel pénètrent dans les écoles et jusque dans les classes de leurs enfants", déclare par exemple cette dernière. Ou encore : "En voilà assez ! Ce sont nos enfants qu’il s’agit de défendre, c’est leur intégrité mentale qui est menacée par ce genre de projet, avec la complicité active de la puissance publique !" Un texte qui indigne bon nombre de personnes à commencer par les homosexuels.

Amalgame entre homosexualité et perversité ?

Romain Chappaz, l’un des responsables de l’association homosexuelle dijonnaise Cigales y voit un texte "abscon" : "On revient en arrière avec cette pétition, elle fait l’amalgame entre l’éducation aux sexualités et la perversité : elle considère l’homosexualité comme une perversion ! Ces gens s’étonnent que les enfants se posent des questions sur la sexualité ; c’est insultant pour les enfants eux-mêmes !" Romain Chappaz insiste sur le non-sens du texte : "Le rédacteur considère l’homosexualité comme une propagande, or c’est méconnaitre que ce n’est pas un choix mais une orientation sexuelle qui fait partie intégrante de l’identité."

Des personnes comme Béatrice Bourges, porte-parole du Collectif pour l’enfant, sont révélatrices de l’esprit des signataires : "Cette intrusion dans l’intimité et la conscience de si jeunes enfants, au mépris du respect qui leur est dû et sans égard pour la responsabilité éducative de leurs parents, ressemble fort à un conditionnement. Elle n’est pas légitime au regard des obligations de service public de l’Education nationale." Des réactions d’un autre âge, niant que l’homosexualité est une réalité selon Romain Chapaz : "Les cours de sexualité ne sont pas faits pour produire plus d’homosexuels mais pour se respecter les uns les autres".

Des syndicats bourguignons ouverts d’esprit

En tout cas, les syndicats dijonnais ne semblent pas le moins du monde être dérangés par ce genre d’initiative. Bien au contraire, le Sgen-CFDT de Bourgogne (Syndicat général de l’Éducation nationale) et le SNUipp-FSU  (Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des écoles et Pegc) encouragent l’enseignement des thèmes tels que homosexualité à l’école primaire et sont favorables au film "Baiser de la Lune". Pour Mathilde Micard, secrétaire 1er degré du syndicat Sgen-CFDT, tout ce qui concerne la problématique de la sexualité doit être abordé à l’école avant l’entrée au collège : "Parler tôt de l’homosexualité et expliquer que l’on peut tomber amoureux d’une personne du même sexe permet d’éviter les problèmes au collège et d’assumer sa sexualité." L’âge des élèves n’apparait donc pas comme un problème, d’autant qu’à 9 ou 10 ans, les enfants sont assez grands pour comprendre certaines choses : "Les enfants posent beaucoup de questions. Dans beaucoup des séries qu’ils regardent le thème de l’homosexualité est présent."

La démarche est également encouragée par le SNUipp-FSU 21: "Quelle que soit la différence enseignée, tout rentre dans le cadre de ce que l’on peut enseigner aux élèves", déclare Olga Jacques, la secrétaire départementale du syndicat. Là aussi, l’enseignement précoce est préconisé : "Il vaut mieux aborder le thème de l’homosexualité avec les enfants. Ceux-ci sont susceptibles d’avoir un de leur camarade avec deux mamans par exemple, c’est bien de les sensibiliser et de dédramatiser les choses. Cela permet d’éviter des situations difficiles à l’adolescence."

Le silence crée l'homophobie

Pour Romain Chappaz, c’est ne pas en parler qui crée l’homophobie : "Des cours d’éduction aux sexualités permettent de créer des citoyens respectueux. Considérer l’homosexualité comme tabou, c’est créer des homophobes." Il rappelle également les effets négatifs que le manque d’éducation sexuelle peut engendrer : "On dénonce l’impact négatif de la pornographie sur les représentations sexuelles et féministes des jeunes mais c’est souvent le seul moyen qu’il ont pour assouvir leur curiosité. Les cours de sexualité donneraient un autre espace aux jeunes pour en discuter."

 Notons que le syndicat  FSUIPP-FSU21 propose une brochure sur l’homosexualité à destination des enseignants. Un thème qui, n’en déplaise à certains, n’est donc pas absent des cours de primaire. L’association Cigales réalise elle aussi des interventions en milieu scolaire :"Nous avons un partenariat avec le lycée le Castel qui a inscrit la lutte contre l’homophobie dans ses actions prioritaires", révèle Romain Chappaz.

Source : http://www.mediapart.fr/club/edition/dijon-bourgogne/article/290110/nage-en-eaux-troubles-pour-felix-le-poisson-homosexuel

Publié dans Société

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