Mercatech- compétence, ex-Jabil : de mystérieux transferts de fonds... Compétence en quel domaine ?

Publié le par Carland

La trésorerie de l'entreprise est au plus bas. Mais 15 millions de dollars ont été prêtés, sans garantie,le jour même de la vente, sans même transiter par le compte bancaire normal.

Enquête

Le 2 juillet, 90 % des 192 salariés de Jabil votaient pour la cession de leur entreprise à Mercatech. Ils avaient eu 15 jours pour étudier l'offre. Après deux vagues de licenciements, Jabil perdait encore 6 millions d'euros cette année et courait droit au dépôt de bilan. Mercatech proposait une séduisante reconversion vers les tuiles photovoltaïques...

Quatre mois plus tard, la situation est encore plus préoccupante. Non seulement les investissements pour cette reconversion ne sont pas arrivés. Mais les arrangements financiers entre Jabil et Mercatech paraissent des plus obscurs.

12 millions évaporés ?

Selon le cabinet KPMG de commissaires aux comptes, le 16 juillet, jour de la cession, Jabil Netherlands a accordé un prêt de 15 millions d'euros à Compétence. Ce jour-là, Yves Duigou, chef comptable à Brest a reçu un drôle d'ordre. « On m'a demandé d'enregistrer un encaissement de 15 millions de dollars. J'ai demandé une pièce justificative, que je n'ai pas eue. L'argent n'a jamais été versé sur notre compte à la BNP. C'est notre seul compte à ma connaissance. »

Le jour même, il a dû inscrire que sa société prêtait 14,75 millions à une filiale de Mercatech, Global power industries. S'il s'avère que l'argent n'a pas transité par un compte en France, cette procédure est illégale. Les commissaires ont demandé des explications. Sans suite. Deux millions ont été remboursés en août. Le 15 octobre, la direction de Compétence, qui s'est peut-être sentie flouée, semble avoir paniqué. Elle a réclamé le remboursement de 11 millions sous 48 heures. Sans effet.

70 millions d'euros sur la table

Tous les indicateurs sont au rouge. Non seulement Compétence ne dispose d'aucune garantie sur le prêt consenti à Global Power Industries. Mais en plus, elle a elle-même hypothéqué ses bâtiments de Brest pour le prêt accordé par Jabil ! Faute de trésorerie à Compétence, c'est Jabil Autriche (!), son ex-actionnaire unique, qui encaisse les commandes et fait l'avance au coup par coup aux fournisseurs, en prélevant 1 % au passage.

Tout laisse à croire que Jabil a payé pour que le site soit repris par Mercatech. Selon nos documents, un mois avant la cession des deux entités françaises Jabil Circuit et Jabil Circuit French Holding, devenues Compétence France et Compétence France Holdings, ces deux sociétés ont bénéficié respectivement d'une hausse de capitaux de 23 et 37 millions d'euros. En partant, Jabil a aussi fait un don de trésorerie de 10 millions, via une filiale italienne. Soit 70 millions d'euros en tout.

Jabil (85 000 salariés dans le monde, 11 milliards de chiffre d'affaires) avait sans doute intérêt à ménager Alcatel, en se retirant de Brest en douceur. Alcatel, propriétaire du site brestois jusqu'en 2002, reste son 1er client à 85 % (assemblage de centraux téléphoniques). C'est aussi un partenaire important de Jabil au niveau mondial.

Au bord du dépôt de bilan

Malgré cela, Compétence reste mal cotée sur sa solvabilité : 19/100 par l'organisme Credit safe. Sylvain Gros, ex-directeur de Jabil circuit french holdings est devenu président de Compétence France. Les liens perdurent entre les deux enseignes. Selon lui, Mercatech aurait promis d'apporter 60 millions de dollars « courant décembre ». Mais n'apporte pas plus de précision sur les 12 millions évaporés, alors que l'entreprise est au bord du dépôt de bilan.

Les salariés se débattent dans le brouillard. Aujourd'hui comme hier, ils bloquent l'usine. « On n'a plus rien à perdre », dit Nicole Camblan, déléguée CGT. Tout le monde parle à visage découvert. La direction du site commence à mêler ses inquiétudes à celle des salariés. « On ne reprendra pas le travail tant qu'on n'aura pas un interlocuteur de Mercatech », ajoute la déléguée. M. Pecci, responsable de la stratégie financière est attendu mardi.

Qui est Mercatech ?

Mystère. Un fonds d'investissement qui ne laisse que peu de traces. Il est basé en Floride (Ocala), comme le siège du groupe Jabil. Il investit dans la santé, l'éducation, un peu partout, mais ne paraît pas coté en bourse. Ses dirigeants, Stefano Cevolo et Cari Masi, sont plus connus avec leur société Mercatus, basée à Londres et Rome. En 2006, Mercatus a passé un accord avec American institutional partners.

Leur spécialité affichée : l'injection de fonds et l'arrangement de financements par subventions pour des petites et moyennes entreprises. D'où peut-être cet intérêt soudain pour le solaire, potentiellement aidé ? Le sous-préfet Jean-Pierre Condemine assure être « très attentif ». L'Etat avait-il donné son feu vert lors de la cession à Mercatech ? « Non, ça s'est fait très vite. Je n'ai pas souvenir d'une consultation formelle et officielle des salariés. »

 

Sébastien PANOU.

Publié dans Social

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