Les vieux, une classe dangereuse ?!

Publié le par Carland

Par gilles sainati

Les dispositions des articles 208 et 209 du Code Civil précisent que l'obligation d'aliments prend naissance et existe tant que le créancier est dans le besoin et que le débiteur est en mesure de le secourir. Ces textes impose une solidarité familiale entre grands parents/enfants  et petits enfants. Avec la faiblesse  du montant des pensions de retraite, ce contentieux  devient  pléthorique. Il est généralement initié par un parent âgé, incapable de faire face aux frais occasionnés par sa vieillesse avec sa retraite, et qui est contraint de demander des secours à ses enfants qui ne s'occupent pas de lui. Le plus souvent, ce n'est d'ailleurs pas le créancier d'aliments qui agit, mais l'hôpital ou l'hospice public dans lequel il est hébergé et auquel la loi offre une action directe pour obtenir paiement des frais de séjour contre les enfants, gendres et belles-filles de la personne hospitalisée.

Ces contentieux de la misère échouent  devant le Juge aux affaires familiales ( JAF) ,  l'ensemble des débiteurs d'aliments doivent alors justifier de leurs revenus et charges et, le cas échéant faire une offre de contribution spontanée. A défaut, le Juge fixera le montant dû par chacun en tenant compte des justificatifs de revenus et charges qui lui sont remis.

En réalité, lorsque le dossier "passe" devant le JAF c'est que  les enfants et petits enfants ne veulent ou ne peuvent pas payer, et  que le reliquat  de la somme restant due devient importante.

Avec un montant moyen de retraite de 950 euros par mois pour les femmes et de 1500 euros pour les hommes, la difficulté se retrouve lorsqu'il ne reste qu'un survivant  ( la plupart du temps la femme ) ou que pour des raisons matérielles l'un des deux doit aller être hébergé en  maison de retraite... Celle ci coûtent au minimum 1500 euros par mois pour les maison de retraite les plus " simples" 

Il n'est pas question ici d'évoquer le seuil de pauvreté qui correspond en France  à 60% du revenu médian, soit 910 euros par mois....Mais simplement de pointer des situations qui se multiplient. Le détricotage des liens familiaux, l'accumulation de séparations dans la vie de couple, et le fait que les pensions de retraites soient aussi modiques après une vie de travail salarié conduisent à des situations humainement dramatiques... 

Ce sera le cas de beaucoup de femmes  seules ou veuves n'ayant pas travaillé suffisamment et dont la pension de reversion sera de toute manière insuffisante pour payer la maison de retraite, ou le cas encore plus douloureux ou l'un des eux doit aller en maison de retraite, conduisant l'autre a ne plus pouvoir payer les charges de la vie quotidienne dans la maison familiale...

Ces audiences au cours desquelles  ces dossiers sont traités font certes ressortir les " affaires de famille" mais  sont toutes aussi désespérantes lorsque l'on constate la situation de précarité dans laquelle se situe les enfants et petits enfants : petits boulots, temps partiels.... si bien que la contribution alimentaire et l'entraide générationnelle se fait difficile....

La plupart du temps, c'est la collectivité publique  ( le Conseil Général) qui est  à l'initiative de la saisine de JAF expliquant que les budgets sociaux se restreignent  en cette période réduction de l'Etat social et qu'il est impossible d'assumer des "ardoises" alors que les coûts d'hébergement explosent.....

L'on se rend compte  alors que le projet gouvernemental qui vise ni plus ni moins a réduire encore le montant de pensions de retraites par l'allongement des périodes de cotisation ( au moment où le chômage et l'emploi précaire deviennent la règle)  conduira à des situations inextricables...

Nous sommes là devant un choix de civilisation. Les trente dernières années de crise n'ont pas permis a beaucoup de se constituer une retraite raisonnable, cela a toujours été  la vie  au "le jour le jour " et au crédit dans un contexte de " flexibilité " accrue du marché de l'emploi....Allons nous retirer ce mince filet, seule démonstration d'une solidarité humaine,  sous prétexte qu'il convient encore et toujours d'épargner les revenus du capital.....

S'il ne fait pas bon être jeune au pays de-la-concurrence-libre-et-non-faussée, il est aussi demandé de ne pas devenir vieux...

Encore une nouvelle classe dangereuse !!!

Gilles Sainati

Source : http://www.mediapart.fr/club/blog/gilles-sainati/271010/les-vieux-une-classe-dangereuse

Publié dans Retraites

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