Les Islandais se rebellent contre la haute finance internationale

Publié le par Carland

Ce qui est en train de se passer en Islande, avec la décision du président Olafur Ragnar Grimsson de suspendre l'indemnisation des créanciers spoliés par la faillite de la banque islandaise Icesave, relève de l'outrage à la haute finance internationale.

Pire, d'une promesse de « révolution populaire » contre la toute-puissance du FMI, puisque le président islandais s'est carrément mis en tête de soumettre la ratification de la loi d'indemnisation à référendum auprès de ces administrés. Crime parfait, assez inédit à ce niveau, de lèse-majesté.

On imagine la tête (et la réponse) des administrés-contribuables, déjà
saignés à blanc par la débâcle de leur pays, devant cette question
saugrenue :

« Souhaitez-vous, chers administrés et contribuables, rembourser des années durant et même au-delà de 2024, les 3,8 milliards d'euros (soit près de 40 % de notre PIB) avancés par le Royaume-Uni et les Pays-Bas lors de notre gadin d'octobre 2008 ? »

Nous avions dit ici-même qu'une des phases cruciales de la crise en cours serait la défaillance en chaînes des puissances publiques. Après celle de l'Islande, nous avions eu les sinistres craquements dans la majorité des Etats américains, à commencer par ceux d'une Californie en quasi banqueroute. Plus récemment, Dubaï était redescendu de son piédestal en se révélant incapable de régler seul sa dette. Puis la Grèce elle-même peinait à fournir un plan de redressement potable…

Attaque à bout portant dans les flancs de l'empire vacillant

Le fait nouveau, c'est que cette fois-ci le pays en question vient de refuser de se plier aux diktats de cette haute finance qui jusqu'à peu régulait de fait les affaires du monde. Rappelons-le, loin d'être perdue dans ses glaces lointaines, l'Islande appartient de plein-pied au cercle des pays dits riches et frappe depuis le 17 juillet dernier aux portes de l'Union Européenne.

Les autorités financières et politiques n'ont pas tardé à sentir le danger. Elles ont multiplié les consultations internationales pour organiser la riposte devant cet affront et lancé les premières salves offensives :

  • Dégradation de la notation Fitch (évaluation des places financières internationales)
  • Chantage à peine voilé quant à la candidature européenne du trublion
  • Menace pour les versements du solde de l'aide promise

François Leclerc souligne à juste titre les risques d'une dangereuse jurisprudence si le « peuple » islandais y allait de son pied-de-nez à l'empire. Et cite la déclaration guerrière de Paul Myners, secrétaire d'Etat britannique aux Finances, promettant au débiteur récalcitrant un « statut de paria » :

« Le peuple islandais, s'il devait arriver à cette conclusion, dirait en réalité que l'Islande ne veut pas faire partie du système financier international, que l'Islande ne veut pas avoir accès au financement multinational, national et bilatéral et ne veux pas être considéré comme un pays sûr, avec lequel faire des affaires. »

Pas sûr que la remontrance suffise. Quelques oreilles attentives n'en perdent probablement pas une miette et pourraient fort écouter d'autres sirènes : les pays de l'ancienne Europe de l'Est (dont l'Ukraine qui vient d'avouer son incapacité à payer le gaz russe), l'Espagne, l'Irlande… D'ailleurs, même en Chine

Le résultat du référendum islandais est d'une importance capitale pour la suite des évènements mondiaux. Une confirmation noniste du bras d'honneur de leur président serait un coin meurtrier, et peut-être fatal, planté dans les flancs de l'empire vacillant par un de ses membres jadis les plus émérites. Avec tous les risques potentiels de faire tache d'huile.

Publié dans Economie

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