Le procès de Christophe Barbier

Publié le par Carland

4300210523_0ecbbf6c28.jpgLe directeur de L’Express ne tombera pas sans combattre. Découvrez la révélation fracassante qu’il fit en plein tribunal, et quel témoin vint à sa rescousse…

Gardes, faites entrer l’accusé !

Le président : Christophe Barbier, directeur de L’Express, vous êtes accusé d’être un éditorialiste réactionnaire prétentieux et nul. Vous auriez menti aux Français en affirmant : « Nous sommes indépendants. Ni à gauche ni à droite, on ne roule pour personne. »

Le procureur : Quand s’engage un conflit social, votre « indépendance » ne crève pas les yeux ! Le 5 juin 2003, vous écrivez : « Assez de mensonges. Il semble admis que ce pays soit atteint de “palu social”, une maladie chronique qui le vide de toute force… »

L’accusé : Vous n’allez pas me lire ce vieil article, beaucoup trop bon, mais beaucoup trop long. En ce moment, je n’aurais même plus le temps de l’entendre, alors à plus forte raison de l’écrire… Ma matinée, je l’ai racontée, c’est : « Lever 5 h15, arrivée à LCI 6 heures. De 6 heures à 6h15, je construis ma chronique. De 6h15 à 7h20, j’écris les questions de l’invité et j’écris ma chronique. De 7 h20 à 7 h30, maquillage. […] À 8h25, c’est fini, on se démaquille. 8h30, moto-taxi jusqu’à L’Express. »

Le procureur : La cour examinera votre alibi. [Il achève la lecture de l’éditorial de Barbier.] « Le corporatisme fait des ravages. Les enseignants nient les privilèges réels attachés à leur profession. » Pour vous, le thatchérien Nicolas Baverez est « le meilleur essayiste de France ». En revanche, les antilibéraux seraient de « vieux cabots » sans « aucun projet global, si ce n’est augmenter les prélèvements sur les entreprises – donc nuire à l’emploi ». « Cabot »… venant de vous, on s’étonne.

Le président : L’accusation évoque ici un portrait du prévenu paru dans Le Monde du 13 août dernier et dans lequel une de ses groupies, la journaliste Ariane Chemin, signalait qu’il avait « créé avec son ami fidèle, Helman Le Pas de Sécheval, aujourd’hui directeur financier de Groupama, une petite compagnie d’anciens normaliens. Une troupe ultrachic, avec le philosophe Raphaël Enthoven dans le rôle de jeune premier. Elle s’arrête tous les ans chez Jean-François Copé, à Meaux. Ou dans la salle que Claude Imbert a aménagée dans sa maison du bord du lac Léman pour y donner des concerts de musique de chambre ».

L’accusé : En juillet dernier, chez Claude justement, on a joué Le Souper, de Brisville. J’étais grimé en Talleyrand… Une voix hurle dans la salle : Talleyrand, c’est lui que Napoléon a appelé « de la merde dans un bas de soie »… Comme Barbier !

Le président : Gardes, expulsez ce fâcheux !

Le procureur : Monsieur le Président, l’accusé, normalien et qui adore qu’on le sache, prend les autres pour des imbéciles. Au moment du référendum de mai 2005, il prétend ainsi, le 15 avril 2005 sur Europe1 : « Je ne peux pas laisser dire que le “non” est défavorisé dans les médias. Ce procès est idiot. »

Le président : Combien de chroniqueurs de L’Express étaient favorables au « non » ?

L’accusé : Zéro.

Le président : Et au « oui » ? L’accusé : [Il compte sur ses doigts.] Guetta, Attali, Jeambar, Allègre, Rondeau, moi… [Il s’arrête de compter.] Tous ! Pourquoi aurais-je dû publier des textes idiots ? J’ai estimé à l’époque : « Le “non” se nourrit de la colère, le “oui” de la raison ; on accède au “non” de plain-pied et au “oui” par un colimaçon intellectuel. » Et cette victoire du « non » est née d’une fraude massive. [Stupeur dans la salle.]

Le président : Pouvez-vous préciser une telle accusation ?

L’accusé : Je l’ai fait le 21 mars dernier dans L’Express : « Si les monuments aux morts des 36782 communes françaises avaient servi de listes électorales le 29 mai 2005, ceux qui y sont inscrits auraient sans nul doute adopté la Constitution européenne. »

Le président : Faut-il être mort pour mesurer tous les avantages de la mondialisation ?

L’accusé : Les Français vivants ne comprennent rien au libéralisme. Seuls auraient dû pouvoir voter les cadavres et les éditorialistes de ma génération. Les vieux oui-ouistes, je les ai d’ailleurs tous virés de L’Express, sauf Attali, dont j’aime le talent « protéiforme ».

Le président : Vous parlez de votre « génération  ». Qu’avez-vous donc contre Edwy Plenel, Christine Ockrent, Laurent Joffrin, Alain Duhamel ?

L’avocat :Mon client les adore ! Membre d’un jury présidé par le nonagénaire René Rémond, il décerne en mars 1999 un prix à Alain Duhamel.

Le procureur : Quels étaient les autres membres de ce jury ?

L’avocat [gêné] : Jean-Michel Blier, Michèle Cotta, Guetta, Joffrin, Slama, Elkabbach… Le procureur [Il rit.] : Et l’accusé a eu le culot de critiquer la servilité du dernier envers Sarkozy, prétendant, je le cite : « Notre génération est beaucoup plus saine : on ne ferait pas ça. Leur génération [celle d’Elkabbach] est les deux pieds dans la connivence. »

L’avocat : Je demande à la cour de faire comparaître Nicolas Demorand. [Un gnome en baskets, portant un short tellement étriqué qu’il lui torture les cuisses, fait son entrée en rollers. Ses genoux sont barbouillés de Mercurochrome.]

Le témoin : Monsieur le Président, le PA-RADIGME [Il articule.] de la génération est central pour qui veut comprendre le nouveau management. Car, je l’ai précisé dans Le Nouvel Économiste du 22 février 2007, qui m’interrogeait en même temps que Christophe [Barbier] : « Le management des trentenaires est certainement beaucoup plus participatif, la structuration s’y fait davantage en fonction de la hiérarchie des talents que de celle des galons. Et c’est là que l’on peut pointer un antagonisme entre les générations. Pour un jeune de talent… »

L’avocat : « Jeune de talent » : la cour appréciera l’exquise modestie du témoin…

Le témoin [Exhale alors un rire gras qui s’achève en hennissement ; la tension ainsi provoquée fait exploser une couture de son short. Imperturbable, il poursuit.] : « … ayant envie de faire des choses, les perspectives ne me paraissent vraiment pas fermées. Ce qui m’étonne cependant, c’est l’absence totale d’anticipation des quinquas à préparer la suite […]. J’analyse cela comme une certaine frilosité provoquant bien des réticences à prendre des risques. »

L’accusé : Hiérarchie des talents, refus de la frilosité, prise de risques : voilà qui est juste ! D’ailleurs, tu as su faire dégager Paoli…

Le procureur : Ah, non ! ça c’était Le Plan B  !

L’accusé : Nicolas a su saisir l’occasion. Et moi, j’ai remplacé Jeambar [ex-PDG sarkozyste de L’Express, devenu PDG d’une maison d’édition en perdition, Le Seuil].

Le président : Précisément… L’Express vient de lancer une formule qui cible les annonceurs publicitaires. Et vous indiquez : « Les relais de croissance sont dans les univers de la mode, de la beauté, du luxe, des voitures. » Certains voient en vous l’« exécuteur des basses oeuvres de Roularta », l’actionnaire belge du journal…

L’accusé :Roularta veut doubler la marge opérationnelle du groupe Express-Expansion d’ici trois ans. Nous gagnons de l’argent, mais pas assez, car Roularta estime qu’on est « d’un laxisme extraordinaire concernant les effectifs et les salaires ». J’ai donc fait le ménage : une vingtaine de journalistes en moins. Ceux qui restent devront défendre la marque Express à la télé.

Le procureur : Vous avez même osé la formule : « C’est ce que j’appelle le “service avantvente”. Moi je suis l’ambassadeur de la marque Express, un peu comme Claudia Schiffer a pu l’être avec L’Oréal. » Ne s’est-on pas éloigné du journalisme de Jack London ?

L’avocat : Mon client fait ce qu’il recommande aux autres. Il est ainsi passé cent vingtcinq fois dans « C dans l’air » (France 5) entre le 22 février 2002 et le 19 mars 2007, sept fois à « Ripostes », deux fois à « Mots croisés ». Et, presque tous les jours, on le subit… [Il corrige.] on le voit sur LCI.

La délibération ne traîne pas. Christophe Barbier est condamné à être pendu avec son écharpe rouge. L’exécution a lieu séance tenante.

Paru dans Le Plan B n°07, avril-mai 2007

Source : http://leplanb.org/Le-proces-de-Christophe-Barbier.html

Publié dans Médias

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