Le fantasme des "quartiers"

Publié le par Carland

62188838_12a056e25c.jpgPar comité de salut public

Quand on parle des banlieues comme objet politique, on a peu ou prou le choix entre deux discours :
Celui très à droite, qui pense que les Talibans ont infesté toutes les cités et préparent le Djihad qui imposera une Charia de fer avec l'aide des hordes de djeunz' à casquettes évidemment équipés de kalashnikovs et de RPG, et que la guerre civile ethnique elle est imminente (depuis plus de 20 ans, elle est imminente, hein) ;
Celui très à gauche, qui pense que le renouveau du prolétariat et de la luttes des classes est niché quelque part au pied des immeubles et que si on cherche bien on va finir par le trouver.

Nous dirons que celui très à droite est très amusant mais évidemment sans aucun intérêt, et nous nous concentrerons donc sur celui très à gauche, qui si il n'est pas totalement dénué de fondement montre quand même très vite de fortes limites.

Et nous commencerons par tordre le cou à la théorie zemmouriste de l'abandon par l'esstrèmgôche du prolétariat "traditionnel" (blanc, en bleu de travail, avec des moustaches, à la CGT et qui mange du saucisson) pour une figure du néo-damné de la terre vivant dans ces fameux "quartiers" (basané, précaire, jeune, qui écoute du rap. Et un peu musulman intégriste aussi, puisque dans la cervelle molle du réac de base, tout se vaut et s'équivaut et se confond dans le grand gloubiboulga permanent qui lui tient lieu de "pensée"). Balayons ces fadaises avec le mépris qu'elles méritent, puisque contrairement à tous les camarades syndiqués en boîte, ça fait longtemps que les tenants de ces âneries n'ont pas vu un ouvrier en vrai.

Ceci dit, il y a peut-être parfois un très net décalage entre ce que sont les quartiers, et la façon dont certains camarades les perçoivent...
C'est à dire que puisqu'il faut mordicus que nous mordions enfin sur eux, on en est parfois à entendre des choses qui ne sont pas tout à fait proches de la réalité et qui montrent surtout qu'on projette beaucoup de choses là dessus...et qu'en projetant beaucoup, et sans doute trop, on finit par tordre des bâtons dans tous les sens pour qu'il s'adaptent à cette vision des choses.
Comme de prétendre par exemple qu'une nana voilée est "représentative".
Or : non.

Je prendrai un exemple que je connais bien : le mien. Vivant moi-même dans un "quartier" depuis 6 ans maintenant, je suis obligé de dire que de filles voilées...
Je n'en ai jamais vu une seule.
Ben non.
Pas une.
J'vous jure.
(et pas de Talibans sournois non plus, mais c'est vrai qu'ils se planquent dans les caves en attendant le signal de Ben Laden).
Pourtant, je vous assure que c'est un vrai "quartier", avec des barres d'immeubles, des scooters, des jeunes qui tiennent les murs et tout. Mais pas l'ombre d'une burka, même pas un hijab de rien du tout.
Ensuite, c'est vrai qu'on pourra m'objecter que mon "quartier" n'est pas un vrai "quartier", admettons. Qu'il n'est pas "assez" quartier, quoi. Bon. D'accord.
Ma copine vit elle dans un vrai "quartier". Un gros et épais "quartier", de la vraie bonne grosse zone de chez zone à concentration de population fortement bronzée (et n'a jamais été agressée par des meutes de casquettes enragées depuis des années qu'elle y vit mais c'est un autre débat). Et il se trouve donc que je suis régulièrement chez elle, j'écris d'ailleurs ces lignes de son ordinateur en ce moment.
Un gros supermarché discount est sis à petite proximité de son immeuble et régulièrement nous y faisons les courses. Et le samedi de la semaine dernière, en fin d'après-midi, alors qu'il était archi-bondé, je me suis amusé pendant qu'on attendait notre tour à compter le nombre de femmes dans mon périmètre et partant le nombre de voilées ("représentatives"...) (et nous étions les seuls "blancs" dans le supermarché, aussi).
Femmes : 57.
Dont voilées : 3...
Dont une de plus de 60 ans.
La méthode, certes très empirique, vaut sans doute ce qu'elle vaut.
Mais c'est peut-être aussi que dans le monde réel, des filles voilées, il n'y en a que très très peu...
Pas suffisamment en tout cas pour prétendre qu'elles sont "représentatives".
De là à penser que ceux qui prétendent à cette représentativité nagent dans le fantasme...
Oui, c'est un pas que je franchis joyeusement.

Fantasme également que d'attendre une éventuelle insurrection partant des lieuban comme étincelle qui mettra le feu à la plaine. Totalement dépolitisées et exprimant d'abord une colère qui fait rage quelques jours avant de retomber aussi vite, les banlieues qui brûlent ne voient jamais leurs participants déborder le cadre géographique de leur environnement immédiat. La voiture qu'on crame est celle de son voisin. Le défouloir, c'est ce qui est immédiatement à portée et il n'est pas dirigé contre l'oppresseur.
Voir dans cette colère aveugle les ferments révolutionnaires de l'avenir risque surtout de faire patienter très longtemps...

Aux élections récentes, l'abstention a ravagé les "quartiers". Ici à Toulouse, dans la cité d'Empalot, elle a atteint 75 %...
Et comment ne pas le comprendre ? Quand on parle des quartiers dans les médias, quand des politiques s'expriment sur eux, ce n'est que pour les stigmatiser. Si il y a bien des endroits où le sentiment du "plus ça change plus c'est la même chose" est très profond, c'est bel et bien là.

Alors vouloir avoir une intervention politique dans les quartiers est certes belle et bonne chose, nul ne le nie ; mais pour que celle-ci soit efficace, il faut peut-être arrêter d'y projeter sans arrêt des espoirs fantasmés qui déforment leur réalité.

Source : http://www.comite-de-salut-public.blogspot.com/

Publié dans Politique

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