Le calvaire de Snjezana Kegalj

Publié le par Carland

Dans la deuxième partie, la réponse de la responsable de la citoyenneté (ça existe ! pour l'intelligence : veuillez repasser, le poste n'est pas pourvu !!!) à la préfecture de l' Isère : un monument de cynisme et de mépris de la personne humaine ravalée à n'être même pas un animal.

On peut être certain d'une chose, cette dame responsable dort bien la nuit. On peut être certain également que ni sa conscience ni sont intelligence ne viendront troubler ses nuits de robot décérébré !

Carland


Elle s'appelle Snjezana Kegalj-Rostas. Elle est d'origine bosniaque. 47 ans dont 22 passés en France, aux côtés d'un époux fançais aujourd'hui décédé. Et dans deux mois, elle perdra tous ses droits. Grenoble & Moi vous raconte le destin tragique d'une paisible habitante de Villard-de-Lans victime d'un terrible engrenage administratif.

Grenoble & Moi : Racontez-nous comment une francophone parfaite, en France depuis plus de vingt ans et mariée à un français, se retrouve dans votre situation ?

Snjezana Kegalj : En1986, je me suis déplacée en France pour le mariage de mon frère avec une française. C'est là que j'ai rencontré mon mari, un menuisier français. Pendant trois ans, j'ai fréquenté mon futur mari puis en 1989 nous nous sommes mariés. Dès ce moment je ne retournai pratiquement plus en Yougoslavie, alors unifiée. Mariée  à un français, j'obtenais une carte de séjour sans problème. Carte qui a été renouvelée régulièrement en 1999. En 2009, le choc : on a refusé de renouveler mon titre de séjour prétextant un problème de régularité de ma demande.

Grenoble & Moi : Quels arguments vous a-t-on avancé ?

Snjezana Kegalj : Tout mon problème est lié a ce qu'il s'est passé en Yougoslavie. Rapidement dégoûtée par mon pays d'origine après mon arrivée, je n'ai plus jamais voulu retourner là-bas. Seulement mon passeport yougoslave a expiré en 1995. La Yougoslavie a éclaté en de nombreux états, mais ce n'était plus mon pays. Quant mon passeport a expiré, j'ai perdu la nationalité yougoslave. Je me sentais française, ça ne m'a pas inquiété administrativement et encore moins dérangé moralement. Mais quand j'ai demandé le renouvellement de ma carte de séjour, on a refusé ma demande car je n'ai plus aucune nationalité, et il paraît que, légalement, on ne peut pas demander une carte de séjour si l'on ne justifie pas d'une nationalité. C'est d'autant plus étonnant qu'en 1999 on ne m'avait rien demandé, sans doute par erreur de l'administration. Aujourd'hui on me met devant le fait accompli.  

Grenoble & Moi : Et vous n'avez jamais pris la nationalité française ?

Snjezana Kegalj : C'est un immense regret pour moi. J'aurais pu, étant mariée à un français, mais je n'y ai pas pensé. Pour moi j'étais française, je n'avais pas besoin d'un passeport pour le prouver. Je voulais, en outre, éviter les suspicions par l'administration d'un mariage blanc. Aujourd'hui mon mari est décédée et je ne peux plus faire la demande.

Grenoble & Moi : Et pourquoi ne pas avoir pris une nationalité d'un pays de l'ex-Yougoslavie dont vous êtes originaire ?

Snjezana Kegalj : Dans un premier temps, je ne voulais pas. Je ne suis plus yougoslave. Les exactions commises dans les années 90 m'ont dégoûté de ce pays. Je ne parle pratiquement plus la langue. En désespoir de cause, pour me sortir de la situation, j'ai contacté les consulats pour essayer de trouver une solution. La Croatie et la Serbie ne veulent pas de moi. La Bosnie dont je suis originaire, est peu disposée à m'accorder la nationalité. Pour eux, je suis française. Il faudrait des mois de procédure, avec un déplacement sur place à mes frais, sans aucune garantie de résultats.

Grenoble & Moi : Comment réagit l'administration française face à votre cas ?

Snjezana Kegalj : C'est l'incohérence totale ! En 1999, je n'avais plus de nationalité, et on ne m'avait rien reproché. La préfecture est totalement sourde à ma situation. Ils ne veulent rien entendre : je n'ai pas de nationalité, je n'aurai pas de carte de séjour. Point. Les réponses qu'ils me donnent sont incohérentes. On m'a délivré une attestation reconnaissant ma nationalité yougoslave, mais en me demandant de préciser ma « bonne nationalité ». J'ai contacté le député Didier Migaud, qui a fait part de mon cas au préfet. Mais, malgré ses efforts, rien à faire, la réponse est toujours la même.

Grenoble & Moi : Concrètement, que va-t-il se passer pour vous ?

Snjezana Kegalj : Le 16 mars, je serai officiellement sans papier. Je travaille pour une collectivité locale, comme cuisinière. J'avais espoir de passer chef de cuisine. Je serai licenciée car les collectvités ne sont pas du genre à engager des personnes en situation irrégulière. Aujourd'hui, je suis locatrice d'un logement, je touche des aides de la CAF et une pension de veuvage. La CAF m'a écrit pour me rappeler que tout me sera supprimé quand je n'aurai plus de titre de séjour. Je ne sais pas encore ce qu'il va se passer pour la Sécurité Sociale. Comment vais-je faire vivre mes deux enfants de 17 et 12 ans, qui eux sont de nationalité française ?

Grenoble & Moi : Comment vivez-vous cette situation ? En voulez dans un certain sens à cette France que vous aimiez ?

Snjezana Kegalj : Je suis désespérée devant cette situation. On parle d'identité nationale, mais je me sens française sans réserve. Mes enfants ne parlent pas un mot de yougoslave, ma fille est même sportive de haut-niveau, sous les couleurs de la France, dans un cursus spécialisé ! Je ne suis pas retournée en Bosnie depuis 1992. Mais enfin regardez moi ! Je ne suis pas arrivée sur un bateau pour travailler dans des ateliers clandestins ! Je suis française ! On m'a toujours dit que ma situation ici était régulière, et, du jour au lendemain, on me dit que je ne le suis plus, sans me donner aucune alternative. J'aime la France, et je ne me sens rien de commun avec les pays de l'ex-Yougoslavie, où vivent des gens qui on détruit par la guerre le bonheur qu'ils avaient construit. Je continue à aimer la France, mais la situation que l'on développe ici devient de plus en plus difficile pour les gens qui y vivent. Quant à l'absurdité du processus administratif, il me désespère.

Grenoble & Moi : En conclusion, au vue des épreuves que vous traversez, diriez vous que la France a un problème avec les étrangers ?

Snjezana Kegalj : Je comprends qu'il faille limiter l'immigration, peut-être parfois exclure des clandestins. Mais cette volonté d'atteindre des gens qui ont toutes les garanties d'intégration est effroyable. La France n'a pas de problème avec les étrangers. La France a un problème avec elle-même.

 


«Le passeport est la base de toutes les démarches»

Nous avons rencontré Patricia Jallon, directeur de la citoyenneté et de l'immigration à la préfecture de l'Isère.

Grenoble & Moi : Pourquoi aucune solution n'est trouvée dans le cas de Mme Kegalj ?

Patricia Jallon : Mme Kegalj n'a pas de passeport. Or, le passeport est la base de toutes les démarches en faveur des étrangers (carte de séjour,naturalisation...). Pour nous, Mme Kegalj, venant d'un pays de l'ex-Yougoslavie, n'est pas une personne sans nationalité. Elle n'a juste pas accompli les démarches dans son pays d'origine.

Grenoble & Moi : Pourquoi alors a-t-elle réussi en 1999, sans passeport, à obtenir une carte de séjour ?

Patricia Jallon : N'étant pas en poste à cette date, je ne connais pas le dossier. Mais une erreur de l'administration, quelque en soit les raisons, n'est pas à exclure.

Grenoble & Moi : Que sepassera-t-il quand son récépissé temporaire expirera en mars ?

Patricia Jallon : Si cette dame fait preuve de bonne foi en mettant en oeuvre desdémarches pour obtenir un passeport bosniaque, alors nous renouvellerons son récépissé. Il est vrai cependant qu'un récépissé n'est pas une carte de séjour. Par conséquent son emploi ou ses droits à la CAF son menacés. Mais ces questions ne sont pas de notre ressort. Nous pouvons être compréhensifs, mais nous ne pouvons pas déroger à la loi. C'est Mme Kegalj qui est dans l'erreur en n'ayant pas de passport.

Grenoble & Moi : Ce genre de problème est-il fréquent ?

Patricia Jallon : Non pas vraiment. Mais cela arrive parfois. On a surtout beaucoup de problème avec des étrangers venant de pays où les service sadministratifs sont parfois défaillants, et qui ont du mal àprésenter un certain nombre de pièces de leur état-civil. Mais le cas de Mme Kegalj est pour ainsi dire exceptionnel.

Source : http://www.grenobleetmoi.com/grenoble/le-calvaire-de-snjezana-kegalj.html

 

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