Labos : les nouveaux chemins du profit

Publié le par Carland

Face à la perte des brevets sur des médicaments qui faisaient le gros de leur chiffre d’affaires, les laboratoires taillent dans la recherche, multiplient les OPA et misent sur les vaccins.

Á la peine, depuis des années, pour produire de véritables innovations thérapeutiques, les laboratoires pharmaceutiques doivent faire face à l’arrivée à expiration des brevets de nombre de leurs produits phares, les fameux blockbusters (médicaments au chiffre d’affaires supérieur au milliard de dollars), qui tombent alors dans le domaine des génériques, vendus moins chers. Selon des études, pas moins d’un tiers du chiffre d’affaires des groupes est menacé d’ici à 2012. Premier laboratoire européen, quatrième mondial, Sanofi-Aventis perdra par exemple, en 2011, le brevet du Plavix (utilisé pour la prévention des accidents vasculaires cardiaques), quatrième médicament le plus vendu au monde, représentant à lui seul 20 % de ses ventes. Même sort pour le Taxotere, utilisé dans le traitement de certains cancers.

Pourtant, le PDG, Chris Viehbacher, l’assure : Sanofi-Aventis réussira à afficher en 2013 les mêmes résultats financiers qu’en 2008. Pour y parvenir, la multinationale française, tout comme la dizaine de groupes qui dominent le marché mondial, s’est attelée à l’invention d’un nouveau « modèle économique ». Tout en investissant à leur tour dans les génériques (Sanofi a racheté des sociétés de génériques en Tchéquie, au Brésil, au Mexique), les labos mettent la pression maximum sur leurs coûts. Des sites de production sont ainsi cédés à des façonniers. Surtout, une attention toute particulière est portée à la recherche, jugée trop coûteuse. Le vaste projet de réorganisation, baptisé « Transforming », lancé en juin dernier par Sanofi-Aventis, dans le but de réaliser 2 milliards d’euros d’économies d’ici à 2013, frappe en priorité la R&D. Cap est mis sur l’externalisation, sur la multiplication des partenariats avec les structures publiques de recherche, dans le but évident de transférer une partie des risques financiers. « Il n’y a aucune mesure entre le coût de la recherche externe, qui bénéficie des aides publiques et gouvernementales, et celui de l’interne, ou nous prenons tout en charge », note crûment le responsable de la R&D de Sanofi-Aventis, qui, dans cet esprit, travaillait, fin 2009, à un « accord » avec l’Inserm.

Le salut de leurs marges, de leur profitabilité, les labos le cherchent aussi en se développant sur des créneaux porteurs. C’est le cas des biotechnologies, mais aussi des vaccins : déjà leader mondial dans ce domaine, et notamment celui des vaccins contre la grippe, Sanofi compte doubler son chiffre d’affaires cette année, par rapport à 2008 (de 2,8 milliards d’euros à 4 milliards). Le groupe mise beaucoup pour cela sur les pays émergents (Brésil, Inde, Chine, Mexique). Mais Sanofi vise d’autres horizons. Il a annoncé, en décembre, son intention de mettre la main sur l’américain Chattem, leader sur le marché des médicaments sans ordonnance, les OTC, domaine ou les groupes de la santé n’ont, il est vrai, pas à craindre les baisses de prix… Auparavant, il s’était acquis Œnobiol, numéro un français des compléments alimentaires.

S’il trouve la recherche interne trop chère, Sanofi n’a aucune hésitation à puiser dans sa trésorerie pour multiplier ces acquisitions : 1,3 milliard d’euros pour le seul Chattem, 8,5 milliards pour les opérations réalisées depuis la nomination de Chris Viehbacher en 2008. Le moyen, sans aucun doute, de rassurer les actionnaires qui, au demeurant, ont déjà cueilli les fruits de cette stratégie, en enregistrant une hausse du bénéfice net par action de 20 % en 2009. La relégation au second plan, dans cette logique, des objectifs qui devraient primer dans ce secteur (réponse aux attentes thérapeutiques insatisfaites, mise à disposition des traitements à prix accessibles partout dans le monde) justifie la demande, déposée par les députés communistes, d’une commission d’enquête sur « le rôle et la place » de cette industrie dans la société.

Yves Housson

Source : http://www.humanite.fr/Labos-les-nouveaux-chemins-du-profit


Publié dans Santé

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