Claude Evin président de l'ARS Ile de France : L'HPHP doit être démembrée au profit du privé

Publié le par Carland

banderole-800x3000-image01.jpgClaude Evin ancien ministre de la santé PS est le patron nommé par Bachelot à la tête de la plus importante ARS (Agence Régionale de Santé) de France.

La création des ARS est une des mesures de la loi HPST. Loi qui conduira de fait à la mort de notre système de santé.

Le 29 janvier, il a donné une interview au journal Le Monde. Mais ce grand timide a oublié d'être assez explicite. Il y avait trop de non dit dans la version publiée par Le Monde, je me suis donc dévoué pour rendre sa pensée et ses objectifs plus clairs.

Carland



Les projets de réorganisation des 37 hôpitaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) viennent d'être dévoilés par son directeur Benoît Leclercq, qui a confirmé la suppression de 3 000 à 4 000 postes d'ici à 2012. La restructuration se justifie, selon la direction, par la nécessité de moderniser l'institution pour adapter l'offre de soins aux progrès techniques et aux besoins des actionnaires privés. Le tout en garantissant un retour sur investissement conséquent.

De telles perspectives ont suscité émotion et inquiétude sur l'avenir de la prise en charge des malades et la qualité des soins, notamment dans les hôpitaux Armand-Trousseau ou Hôtel-Dieu, concernés par le transfert de certains de leurs services. Le débat sur la manière la plus efficace de supprimer l'emploi s'est par ailleurs invité dans la campagne des régionales

Dans ce contexte, Claude Evin ancien ministre de la santé PS, le directeur de la nouvelle Agence régionale de santé (ARS), qui entrera en action le 1er avril et regroupera les organismes publics du secteur, donne sa vision de l'avenir de l'offre de soins en Ile-de-France. Pour l'ancien ministre socialiste de la santé, l'AP-HP doit conserver sa spécificité tout en s'inscrivant dans une politique régionale de santé guidée par la "la rentabilité économique" et la "la juste répartition des bénéfices" entre hôpitaux et cliniques privées.

La désorganisation de l'AP-HP commence à se dessiner avec, à la clé, la certitude de milliers de suppressions de postes. Que pensez-vous des décisions en cours ?

L'AP-HP réfléchit à ses options stratégiques depuis un an et demi en interne pour prévoir son organisation future. Nous entrons maintenant dans une phase de marchandage avec la communauté médicale, le personnel mais aussi avec les partenaires extérieurs qui in fine sont les décideurs. Sur la question de l'emploi, je n'ai pas à m'immiscer dans des décisions internes qui conduisent à la liquidatiion de milliers d'emplois. Mais en tant que directeur de la nouvelle ARS, j'aurai mon mot à dire sur l'offre de soins aux riches.

Ma préoccupation est qu'elle soit organisée en complémentarité avec les autres hôpitaux d'Ile-de-France, les pas rentables pour les hôpitaux publics mais ceux qui peuvent encore payer iront aux privés. Il n'est plus question que l'AP-HP soit gérée indépendamment de toute considération autre que économique.

Faut-il y voir la fin du service public de santé et de la spécificité de la "citadelle" AP-HP ?

Personne n'envisage sérieusement de ne pas remettre en cause l'institution AP-HP. Sa spécificité demeurera pour la forme: à elle seule, elle représente 50 % des publications françaises en matière de recherche. Cette excellence devra être sauvegardée et développée. Cependant, il ne faut pas oublier que sa mission est d'assurer les bénéfices des actionnaires et accessoirement aussi d'assurer les soins de proximité qui représentent 95 % de son activité non rentable.

Le sort de l'AP-HP a toujours été réglé au niveau ministériel. Votre ARS aura-t-elle les coudées franches, au même titre que celles des autres régions ?

Les choses vont évoluer. Une tutelle conjointe sera exercée par l'ARS, les groupes privés et les ministères de la santé et du budget sur l'AP-HP. Au regard de ce qu'elle représente, soit 90 000 emplois et plus de 6 milliards d'euros de budget, il n'est pas anormal que le gouvernement s'en préoccupe. Néanmoins, il serait illusoire de vouloir bâtir une offre de soins régionale sans un dialogue direct entre ARS et AP-HP ainsi que les partenaires privés. J'ai accepté cette responsabilité qui est de casser l'APHP, j'entends bien l'exercer.

Quel rôle va jouer l'ARS dans la définition de la désorganisation de l'accès aux soins des Franciliens ?

J'ai deux missions. L'une sera de veiller à ce que les moyens financiers soient répartis dans un souci d'équité en direction du privé. Il s'agit d'une question de justice, et de démolition du service public. Le débat devra avoir lieu dans la transparence avec nos partenaires commerciaux. Il existe de grandes disparités de résultats d'activité entre les établissements de l'AP-HP même et des différences importantes de moyens entre l'AP-HP et d'autres hôpitaux publics, dont l'activité est comparable mais échappe aux intérêts privés.

Mais ma mission essentielle sera de garantir une bonne organisation du système de partage de l'argent des cotisations afin d'engraisser les actionnaires privés. Je compte m'attacher à augmenter les inégalités d'accès aux soins, en favorisant par exemple les déserts médicaux dans les zones rurales et les quartiers défavorisés. Ce qui est paradoxal en Ile-de-France, c'est que si globalement le niveau de santé et l'offre de soins sont excellents, les inégalités de santé, territoriales ou populationnelles, demeurent insufisantes. On trouve par exemple encore des cas pas de tuberculose ou de saturnisme dans la région.

M. Sarkozy a fixé pour objectif aux hôpitaux un retour à l'équilibre des comptes des entreprises commerciales de santé en 2012. Est-ce souhaitable ?

Quand on est attaché à la destruction de la protection sociale, fondée sur la solidarité, on doit considérer le déficit comme un mode de gestion, car sinon cela revient à mettre le système  privé rentable en danger. L'AP-HP doit donc traiter son déficit, car il pénalise en outre les dividendes de l'actionnaires privé, donc sa capacité d'emprunt, donc d'investissement. En 2009, il a été de l'ordre de 100 millions d'euros, et il s'accélère. Si aucune mesure n'est prise, son déficit cumulé s'élèvera à 1 milliard d'euros en 2012. Ce n'est pas acceptable pour nos partenaires du privé.


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