L'UNI devient le MéT et sera le perroquet officiel de l'Elysée dans les facs

Publié le par Carland

C'en est fini de l'UNI, le principal syndicat des étudiants de droite. Près de 41 ans après sa création (en février 1969, sous l'impusion du SAC, la police parallèle gaulliste, qui cherchait alors à combattre la « subversion gauchiste » à l'université), il ne présentera plus de liste aux élections des représentants étudiants. Le bureau national a annoncé qu'il ne serait plus qu'une « boîte à idées », fondue au sein d'un nouveau « Mouvement des étudiants » (Mét), regroupant d'autres associations.

Le but affiché est de créer un véritable contrepoids à l'UNEF ; les dirigeants du Mét jurent que le cordon ombilical avec l'UMP est désormais coupé.

Une volonté d'ouverture « centrée sur les étudiants »

Un logo gris et rose tendance, un nom à la calligraphie arrondie, le Mét impose sa rupture. Rémi Martial, futur président de l'organisation, entend bien insuffler un vent nouveau à la droite étudiante. Il rêve de créer une dynamique qui permettrait aux étudiants de droite d'être entendus. L'ancien numéro 2 de l'UNI s'explique :

« Avec le mouvement anti-CPE en 2006, nous avons réalisé que seul l'UNEF, premier syndicat étudiant de France, de gauche, arrivait faire entendre sa voix dans le débat. Il est nécessaire de mettre un terme à ce déséquilibre. »

L'UNI ne sera pas seul à se lancer dans l'aventure. Dans un communiqué de presse publié le 19 janvier, l'organisation étudiante annonce l'adhésion de 19 autres associations étudiantes au Mét. Rémi Martial justifie ce choix :

« L'UNI n'est que la troisième association étudiante, il est donc difficile d'avoir des élus au conseil d'administration des représentants. Les petites organisations qui nous ont rejoints sont dans la même situation. Nous avons ainsi choisi d'opérer une ouverture vers toutes celles qui sont en accord avec les valeurs de droite et du centre. Mais notre initiative est centrée sur les étudiants. On a nos idées, nos valeurs, mais nous ne sommes pas partisans. »

Pascal Ellul, président de la section Rhône-Alpes de l'UNI et bientôt membre du bureau national du Mét, a reçu la décision avec plaisir :

« Fédérer l'UNI à d'autres organisations est très intéressant, cela annonce un renouveau du débat étudiant. Nous en avons besoin, car l'UNI n'arrivait pas à franchir le cap des élections. »

« Nous ne prendrons pas nos ordres rue de la Boétie »

C'est à l'UNI que de nombreux dirigeants de l'UMP, de Copé à Sarkozy, en passant par Fillon, ont fait leurs premières armes militantes. Pourtant, le Mét c'est aussi -du moins officiellement- une rupture politique avec le grand parti frère. Rémi Martial tient à le préciser :

« Nous voulons nous affranchir de tout parti politique. Pour beaucoup, l'UNI a l'image d'une organisation qui est en parfait accord avec le gouvernement. Cela a découragé certains jeunes de nous rejoindre, nous souhaitons donc être indépendants de l'UMP. Nous ne prendrons pas nos ordres rue de la Boétie. »

A écouter certains militants de l'UNI, cependant, l'opacité qui a accompagné la création du Mét est louche. Pour dénoncer ce qui, selon lui, est une vaste hypocrisie, Kevin Gontier, président de la section de Tours, a fait sécession. En concertation avec son bureau, il a créé l'UNI-SU :

« Le bureau national de l'UNI a dévoilé la création du Mét aux bureaux locaux le 19 décembre, alors que les Jeunes populaires [la section jeune de l'UMP] avaient été prévenus dès le 29 novembre, c'est-à-dire avant nous ! Pourquoi nous avoir prévenus si tard ? »

Contactée, la direction des Jeunes populaires, qui déclare « prendre acte » de la création du Mét, n'a pas souhaité s'exprimer à ce sujet.

Un ancien responsable Jeune pop » comme président

Dans les rangs de l'UNI, l'identité du futur président du Mét fait aussi jaser. Selon un ancien militant de l'UNI, encore proche de l'organisation et souhaitant garder l'anonymat, l'impartialité de Rémi Martial est très discutable :

« Rémi Martial a toujours été célèbre au sein de l'UNI pour s'aligner sur la politique de l'UMP. Il a en plus été responsable départemental des jeunes UMP (RDJ) d'Eure-et-Loir ! Pourra-t-il, dans ce cas, être vraiment indépendant du parti qu'il soutient ? Il faut vraiment être naïf pour le croire. »

Ce même ancien militant de l'Uni fait remarquer que le futur chef du Mét fait partie de plus de 15 groupes de soutien à l'UMP différents sur Facebook.

Rémi Martial se défend de tout copinage avec l'Elysée :

« Comme l'UNI est associée avec l'UMP, je suis allé voir Xavier Bertrand [un autre ancien de l'UNI, ndlr], par politesse, pour lui expliquer notre intention d'être dissocié de tout parti politique. »

D'après le futur numéro un du Mét, le secrétaire général de l'UMP s'est montré « interloqué ». La création du Mét a pourtant l'air d'enthousiasmer Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP :

« Cette organisation va enfin permettre un pluralisme des opinions au sein des universités. Nous aurons enfin une alternative à l'UNEF, écrasement minoritaire mais qui est le seul qui se faisait entendre jusque-là. »

Le Mét, produit de l'UMP

Kevin Gontier ne décolère pas. Selon lui, l'UMP a fait pression sur l'UNI pour créer le Mét :

« Quand Rémi Martial est venu nous annoncer sa création, il nous a dit que l'UNI n'avait pas le choix, car l'UMP menaçait de lui supprimer ses subventions ! »

L'UNI étant un mouvement associé à l'UMP, il reçoit chaque année un pécul important de la part du parti au gouvernement. « L'UMP finance environ 75% du budget de l'UNI », prétend Kévin Gontier. Contacté à plusieurs reprises dans le but de vérifier ces chiffres, l'UMP n'a jamais répondu.

Rémi Martial dément avoir tenu de tels propos. Gabriel Alibert, futur trésorier du Mét, le soutient :

« Nous n'accepterons aucun argent de l'UMP. Nous financerons notre organisation avec les subventions accordées par l'Etat au prorata du nombre d'élus CNOUS et CNESER. »

De son côté, le futur président du Mét est catégorique : le Mét a financé sa création de manière indépendante, jusqu'au logo. Selon lui, ce sont des militants qui ont créé celui-ci, mais accompagnés de spécialistes de quelques agences de presse.

Objectif 2012 ?

Un étudiant Jeune pop » souhaitant rester anonyme émet une autre hypothèse : deux ans avant les élections présidentielles, la création du Mét va assurer la présence de l'UMP sur les campus :

« Au moment des présidentielles, en 2007, l'UMP avait créé UMP-Campus et UMP-Fac. Ces antennes des Jeunes pop » sur les campus n'ont jamais rencontré de succès. Les Jeunes pop » sont réticents à adhérer à l'UNI, qui porte une image de droite dure.

A l'approche de 2012, j'ai l'impression que l'UMP a voulu prendre le contrôle des étudiants de droite sur les campus : il est certain que beaucoup de Jeunes pop » vont rejoindre le Mét, et en campagne électorale, il s'aligneront forcément sur l'UMP. »

Source : Rue 89

Publié dans Politique

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