JL Mélenchon : Qui est donc ce « révolutionnaire par les urnes » ?

Publié le par Carland

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Publié par Arnold sur bellaciao.org

Mélenchon est un populo-illusionniste qui promet aux exploités un changement radical par la voie légale. Qui prétend vouloir la révolution et refuse de s’en donner les moyens. Un moraliste qui ne s’applique pas sa propre rigueur. Un rejeton patriotard mal digéré de la social-démocratie française. Un poujadiste de gauche, qui critique les élites et flatte le « peuple » lorsqu’il n’est ni du peuple (30 ans qu’il se vautre dans les ors de la République et dont le dernier emploi remonte à la fin des années 1970), ni véritablement de l’élite. Un tribun, qui repose sur le peuple et aspire à créer une nouvelle élite, la sienne. Celle des bureaucrates et des dirigeants de cette gauche qui aspire non pas à renverser le capitalisme, mais seulement à améliorer le sort des pauvres : rendre plus « humaine » l’exploitation, arrondir les luttes de classe. Bref : réformer, et non faire la révolution, soutenir la veuve et de l’orphelin en allongeant d’encore un siècle l’exploitation si il le faut à cette seule fin de s’en assurer le statut de « défenseur ».

Plus qu’un Tartuffe, un philistin de gauche. Même pas un Robespierre en puissance, un bourgeois gentilhomme à la rigueur. Cette attitude viriliste qu’il traîne, typique aussi de la caricature du tribun énervé enfermé dans l’image médiatique rassurante du bouffon sautillant n’est pas étrangère à certaines de ses idées. La revendication d’être un « ardent patriote », reliée à celle de l’inspiration de « ce qui se passe en Amérique du Sud » avec les « mouvements sociaux » n’est pas pour rassurer ceux qui pensent en effet qu’il est un populiste : elles confirment plutôt cette idée jusqu’à la nausée. De plus, à qui songe-t-il lorsqu’il parle de l’Amérique latine dont il ne connait visiblement rien ou pas grand chose ?

À la Bolivie d’Evo Morales, son « prix Kadhafi des droits de l’Homme », son opportunisme politique et la situation désastreuse des paysans pauvres, et les banques qui ne s’y portent pas si mal, son catholicisme conservateur et la conséquence sur la liberté pour les femmes où l’avortement est toujours illégal, et où comme écrivaient sur les murs les Mujeres creando « Il faut être courageux pour être pédé » ou encore que « si Evo avait un utérus, l’avortement serait nationalisé » ?

Peut-être pense-t-il au Venezuela de Chavez et son « autogestion » sous surveillance qui n’a rien remis en cause du mode de production, à ses discours télévisuels interminables de propagande lénifiante, son éducation militarisée et sa logomachie aux références religieuses et bourgeoises (respectivement, à Jésus et Bolivar) ou peut-être aux magnats locaux du pétrole qui soutiennent son régime ?

Nous ne sommes pas dupes. Cette gauche-là nous rappelle ce qu’en disaient les révolutionnaires espagnols : « Le socialisme dans la discipline, c’est la caserne ». On peut aussi jouer sur les mots, et prétendre qu’on entend par « révolution » ce qu’entendaient par là les « réformateurs » du XIXe siècle, et que la fin est sensiblement la même, même lorsque les moyens diffèrent.

C’est là que vient le point de rupture : pour nous, la fin est inséparable des moyens, et si il ne veut pas réellement abolir les élites, alors il n’est pas contre le principe du pouvoir comme coercition, il n’est pas contre le fait que cette société soit divisée en classes, il n’est donc pas contre le fait qu’il y ait des pauvres et des riches, et il ne pourra donc jamais empêcher qu’une élite (qu’elle soit bourgeoise ou bureaucratique) au service de ses propres intérêts ne se constitue, etc…

La révolution, au juste : Qu’est-ce à dire ?

L’encyclopédie nous indique qu’elle peut être politique, et impliquer un changement de régime, d’institutions, etc. Et qu’elle peut aussi être sociale : c’est-à-dire qu’elle implique un bouleversement dans les hiérarchies sociales, l’organisation de la société et aussi un soulèvement de la population contre l’ordre établi. Les communistes, ou les collectivistes, et la plupart des anarchistes définissent la révolution sociale, comme ayant au moins comme critères minimaux l’expropriation violente de la classe dominante par les exploité-e-s, et la destruction des institutions assurant la domination de classe : à savoir l’État. Même si les autoritaires sont pour la remplacer par un autre État - sorte de despotisme éclairé -, tous concèdent que sans destruction de l’appareil d’État et expropriation : pas de réelle révolution. Ce qui sous-entend, comme le pensait Marx, qu’une révolution est nécessairement politique et sociale : l’histoire a prouvé le contraire. Il est vrai que nombre de révolutions « politiques » n’aboutissent pas à une véritable révolution sociale. Cela signifie-t-il pour autant que le véritable changement social se dispense de tout bouleversement dans les institutions ? Certainement pas.

Si il y a bien aujourd’hui un pays sur terre où on ne touche aux fondations de la société que par cas de guerre ou de menace révolutionnaire : c’est bien la France. Tu le sais, puisque tu te proclames vertement et à qui veut l’entendre républicain. Qui ne veut donc pas qu’il n’y ait plus ni pauvres, ni riches. Qui veut seulement que les riches soient un peu moins riches, et les pauvres un peu moins pauvres. Un philanthrope en somme. Un « ami des pauvres et des exploité-e-s ».

La révolution n’a pas besoin d’ami-e-s, elle a besoin de révolutionnaires, et à pareille mesure et en premier lieu de révolté-e-s, et d’insurgé-e-s ayant au moins comme critères minimaux l’expropriation violente de la classe dominante par les exploité-e-s, et la destruction des institutions assurant la domination de classe. Son véritable tort est de ne pas concevoir qu’on puisse lutter d’une autre manière que dans le respect de la loi et de l’ordre, et qu’on n’envisage pas la révolution dans le cadre défini par un parti ou une seule organisation (le sien ?). Son tort, outre de ne pas assumer ce qu’implique réellement une révolution, est de ne pas envisager la pluralité révolutionnaire, la diversité des stratégies d’action, la multiplicité des terrains de lutte et de manières de les occuper. Il est un hégémoniste : en plus de jouer constamment à ce jeu de ventriloquie qui consiste à parler à la place des autres, il ne leur laisse pas le droit d’avoir un discours propre, d’être radicalement opposé à sa démarche, à ce qu’il présente comme « révolutionnaire », et à ses promesses de campagne qui n’impliquent résolument que les naïfs qui choisissent d’y croire. Si nous voulons vraiment nous débarrasser du capitalisme : les guides, les chefs et les maîtres à penser comme lui ne sont pas juste de « mauvais camarades », ils constituent des obstacles.

Pourquoi ? Parce qu’ils veulent qu’on les écoute, ils veulent diriger, ils veulent commander. C’est pour ça que les gens comme lui craignent la révolte des masses et respectent la loi : parce qu’ils convoitent le pouvoir pour eux-mêmes. Ils sont incapables de concevoir que les révolutions sont le fait des populations qui se soulèvent et non des arrivistes et des pousseux qui s’évertuent à les ramasser pour mieux les contrôler et les contenir.

Comme le disent les camarades du NPA : «  Où donc a-t-il vu possible une « révolution par les urnes » dans notre pays ? Aucune des Républiques successives, y compris la première, qui lui est chère, ne s’est installée par « les urnes ». Des révolutions, de tout type (ratée, réussie, inachevée, réprimée), on n’en manque pas. « Par les urnes », pas une seule ».

Retournons-lui le slogan qu’il a volé aux piqueteros argentins :

« ¡ QUE SE VAYAN TODOS, QUE NO QUEDE NI UNO SOLO ! »

Qu’ils s’en aillent tous et qu’il n’en reste pas un seul !, et c’est valable pour lui aussi.

Source : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article123137

Publié dans Politique

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