Dans le Sud, des « Conti » entre colère et désarroi

Publié le par Carland

SIDE_3240950_1_apx_470_.jpgBoussens, 1 000 habitants, abrite l'un des trois établissements en Midi-Pyrénées de l'équipementier Continental Automotive. Ici aussi, la direction propose aux 204 salariés de leur garantir l'emploi en contrepartie de sacrifices sur les salaires et les congés. Lundi, un référendum a été organisé : « D'accord », ont répondu à une courte majorité les votants, « Chantage honteux », ont hurlé tous les autres.

De notre envoyé spécial

 

Comme une tension intérieure, une colère prête à éclater. « S'ils ferment la boîte, je dégoupille ! » Huguette Brentegani, 51 ans, est un petit bout de femme qui, 7 h 36 par jour, fabrique des capteurs d'arbres à came et de roues pour freinage ABS à l'usine Continental de Boussens, 204 salariés dans la Haute-Garonne. Comme à tous ses collègues, la direction lui propose un deal simple : moins de salaire, moins de RTT, mais la garantie de l'emploi, au moins jusqu'en 2015.

Le procédé la révolte. Elle parle de chantage. « On nous dit que dans deux ans, certains produits que nous fabriquons vont être arrêtés. Que si l'on veut que la direction centrale, en Allemagne, nous en confie de nouveaux, l'entreprise doit devenir plus compétitive. Alors quoi, il faut tout laisser filer : les RTT, les primes, l'intéressement... Mais ces avantages, on les a gagnés ! »

Elle a en mémoire ce qui s'est passé à Clairoix, dans le « Nord ». Ces « Conti »-là, qui fabriquaient des pneus, avaient accepté d'abandonner les 35 heures en contrepartie de la promesse que leur entreprise serait sauvée. Deux ans plus tard, les 1 100 salariés étaient tous licenciés. « Une trahison ! Je n'ai plus aucune confiance dans la parole de Continental. Si on accepte, dans deux ans, ils demanderont autre chose. »

Lundi dernier, un vote a été organisé par la direction pour savoir ce que les personnels des établissements de Toulouse, Foix et Boussens (2 500 salariés au total) pensaient du plan d'amélioration de la compétitivité.

Les syndicats majoritaires, CGT et CFDT, avaient appelé au boycott. Une légère majorité s'est dégagée en faveur du oui. Déléguée CFDT et agent de production dans l'usine depuis dix-neuf ans, Monique Rey est ulcérée. « Le but est clair : contourner les organisations syndicales, qui sont les seules à pouvoir signer un protocole d'accord. »

Elle raconte comment, il y a un an, la direction de Continental a commencé à présenter au personnel une carte mondiale des sites, classés selon leur compétitivité. Puis, dans les mois qui ont suivi, à parler des efforts faits par les usines allemandes pour être moins coûteuses. « Ils nous ont mis la pression progressivement, jusqu'à nous présenter un plan complet », dit-elle.

« A-t-on le choix ? »

Ce plan, s'il était appliqué, permettrait de réduire de 8 % les dépenses salariales sans toucher de façon trop visible à la fiche de paye. L'économie serait de 13,7 millions d'euros par an pour l'ensemble du groupe en France. Soit dans les 5 000 € pour chacun des 2 500 salariés.

« En 2009, Continental Automotive France a réalisé 38 millions d'euros de profits. Cette année, à Boussens, le chiffre d'affaires va dépasser de 50 % les prévisions. On croule sous le travail. Cet été, il a fallu ajouter des équipes, demander à des gens de reporter leurs congés. Et on emploie plus d'une centaine d'intérimaires », s'indigne Isabelle (1), un des rares cadres à avoir boycotté la consultation de lundi.

Elle cite les mails que la direction envoie chaque trimestre sur la situation financière du groupe. « Ils nous disent que l'action remonte, que tout va bien, qu'on fait des bénéfices... C'est indécent, obscène ! Continental a racheté Siemens Automotive il y a deux ans, au prix fort, juste avant le krach. Ensuite, l'action a plongé. Maintenant, il faut qu'elle se rembourse. »

Le sacrifice sur les congés et les primes, Michael (1), la petite quarantaine, est prêt à l'accepter. Lundi, il a voté oui « sans hésiter ». « Je suis passé par le chômage, justifie-t-il. J'ai galéré et je n'ai pas envie que ça recommence. Je viens de faire construire, je suis jeune, j'ai des enfants... Je ne peux pas me permettre de prendre le risque. » Bien sûr, il sait ce qui s'est passé à Clairoix. « Une honte ». Il n'accorde qu'une confiance limitée aux promesses de son employeur. « Mais, interroge-t-il, a-t-on le choix ? »

Encartée chez FO, Huguette fait partie des plus anciens salariés. Elle est entrée dans l'entreprise en 1983 et a connu les heures fastes quand Boussens était un îlot de prospérité industrielle au milieu des champs de maïs et de tournesols. Les mauvais jours, aussi, avec parfois du chômage technique. « L'ambiance est lourde en ce moment. Les gens craignent d'être jetés. » Elle, se dit prête à tout. « Je n'ai rien à perdre. Mon mari a un emploi, notre fils termine ses études, la maison est payée...S'il faut souder les grilles de l'entreprise ou séquestrer le directeur, on le fera. L'autre jour, je lui en ai parlé. Il m'a dit : ' Vous plaisantez, Huguette ! ' Eh, peut-être pas tant que ça... »

 

Marc MAHUZIER.

Publié dans Social

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