CONTROLES CAF= MORT SOCIALE

Publié le par Carland

Aujourd’hui après quatre mois de lutte, une mère de famille isolée a retrouvé son statut d’allocataire du RSA, après une radiation prononcée suite à un contrôle de la CAF du Val de Marne.

Il aura fallu pour ça, une occupation d’une journée entière de l’étage de la Présidence du Conseil général, à Créteil, et presque cinq heures de négociation, entre nous et les directeurs de cabinet des élus et du président, et entre ceux-ci et la CAF.

Il aura fallu surtout affirmer la solidarité entre précaires de la manière la plus simple qui soit : le rétablissement des droits de l’une d’entre nous, ou la force et l’évacuation policière contre nous tous.

Le contrôle et ses conséquences, subies par cette allocataire, nous menacent tous : une contrôleuse , au mois de septembre, sur la base d’une simple domiciliation administrative a conclu que l’allocataire n’était pas une mère isolée, mais qu’elle avait une vie maritale avec le père de deux de ses enfants.

Pendant des mois, notre camarade a tout subi : la perte de ses allocations, la perte de sa couverture sociale et de celle de ses enfants, de tout moyen de transport. Mais aussi l’humiliation des insinuations perpétuelles au guichet, du qualificatif de « fraudeuse », des allusions permanentes et multiples à sa vie sexuelle et amoureuse. Elle a du faire le tour de ses voisins pour leur demander de témoigner qu’aucun homme ne vivait chez elle, se justifier sur la « manière dont elle avait conçu son dernier enfant si le père ne dormait pas à la maison », lors d’un interrogatoire à la CAF. Sans que ces humiliations aboutissent à autre chose que d’autres humiliations.

Juridiquement, le Conseil Général et ses élus ont la responsabilité des contrôles RSA et de leur déroulement. Dans le Val de Marne, ces élus sont censés s’opposer à la politique gouvernementale, mais la question des contrôles les embarrasse, car la figure du « fraudeur » est de celles que personne ne veut se risquer à remettre en question. Après une première interpellation publique du président du Conseil Général Christian Favier, celui-ci a fait le dos rond : le Conseil Général a donc reconnu le statut isolé de l’allocataire d’un côté, en lui accordant des aides financières exceptionnelles, mais a continué à la considérer comme une menteuse de l’autre : la CAF qui agit par délégation du Conseil Général a refusé une nouvelle demande de RSA.

Il aura donc fallu qu’une quinzaine de personnes soient solidaires , pour qu’une autre soit reconnue administrativement isolée  !

La lutte pourtant ne fait que commencer : si notre camarade est reconnue « isolée » depuis novembre 2009, date de la demande post radiation, la CAF maintient la « vie maritale » pour les années précédentes, et entend bien récupérer 12 000 euros,"petit à petit" sur les allocations actuelles.

Le Conseil Général se dit prêt à intervenir sur ce point, mais demande un « délai » : nous avons donc rendez-vous lundi prochain.

Mais dépasser la honte, réagir collectivement, c’est surtout commencer à se battre , pas seulement pour la survie, mais aussi pour notre dignité.

Car la violence de la suppression des ressources fait écho à la violence de l’agression psychologique et de la stigmatisation. Violence tellement intégrée, que le directeur de cabinet d’un président de Conseil Général, qui appelle par ailleurs à manifester contre la précarité ou les violences faites aux femmes, peut affirmer qu’un contrôle, évidemment, induit la recherche par le contrôleur d’éventuels vêtements masculins au domicile d’une allocataire , comme indice de la « vie maritale ».

Et répondre à la question « Comment réagiriez-vous si quelqu’un venait chez vous , fouillait dans vos tiroirs et vous demandait des comptes sur l’appartenance des petites culottes ? », par cette phrase terrifiante :

« Moi, je ne touche pas d’allocations ».

Et être sincèrement étonné de la colère suscitée par cette réponse.

Comme si nous devions finalement avoir intégré notre statut de parias induit par celui d’allocataire, comme si nous avions signé une nouvelle forme de contrat social, et accepté la violence sexiste, la surveillance et la sanction de notre vie privée, en échange de quelques billets qui nous permettent tout juste de ne pas mourir dehors.

Les responsables du Conseil Général nous ont donc trouvé plutôt susceptibles, pour des chômeurs. Nous leur avons rappelé que la susceptibilité était bien tout ce qui nous restait aux chômeurs comme aux immigrés. Nous n’avons peut-être pas encore la force nécessaire pour qu’on ne nous marche pas dessus, à longueur de médias et de discours politiques, mais nous gardons celle de dire merde et pas merci.

La victoire reste possible tant qu’on refuse la défaite.

Contre les contrôles, la stigmatisation, les radiations, le harcèlement, seule la lutte paye.

Reseau Solidaire d’Allocataires http://www.collectif-rto.org

Publié dans Social

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article