Conseil d'ami

Publié le par Carland

Par CSP sur son blog

C'est une donnée de fait : un bon gros paquet de trotskystes ont fini au P"S" et y occupent même des places de choix. Comme quoi "l'entrisme", c'est comme beaucoup de choses, c'est très joli dans le concept et n'importe quoi dans la vraie vie.

Et personnellement, je doute fortement que ça m'arrive un jour. Non pas que j'ai à ce point une si haute idée de la valeur de mes convictions à fort gauchisme ajouté, même pas. Mais je crains de n'y être définitivement jamais à ma place. Et se sentir "chez soi" quelque part, symboliquement s'entend, c'est fondamental, mine de rien. Les convictions sont une chose, belle et noble en vérité, mais encore faut-il trouver l'endroit où en tant que personne porteuse de ces valeurs on se sente accepté et reconnu. Ce n'est pas toujours évident...

Mais finir au P"S", quand même...

D'abord, je m'y ferais effroyablement chier. Je veux bien que certaines réunions de comités soient particulièrement exaspérantes, quand une poignée d'excités assènent en tapant du poing sur la table qu'il faut construire Le Parti Bolchèvique Ou Rien et se mettent à citer des passages entiers du Programme de transition pour justifier ce portenawak, mais au moins, on reste dans un pittoresque qui peut être distrayant. Je ne me vois pas du tout me fader d'autres réunions où même les plus jeunes susurrent les bienfaits de "l'économie sociale de marché" - WTF ??? - en calculant d'avance leurs chances éventuelles de grimper dans l'organigramme pendant qu'un élu ventripotent, installé dans une baronnie locale depuis Vercingétorix ou à peu près, couve tout son petit monde de colleurs d'affiches d'un oeil attendri avant que de rentrer au Conseil Général pour se demander lequel de ses copains il va arroser de subventions en priorité.
Le tableau n'est guère sexy on l'admettra.

Et ensuite, parce que le militant socialiste de base est politiquement inculte jusqu'au vertige.
Je veux bien admettre, et ce très volontiers, que je ne représente pas moi-même la fine fleur la plus cultivée et intellectuelle de l'avant-garde et il a du m'arriver de m'ennuyer un peu dans les formations sur Matérialisme et empiriocriticisme. Je l'admets. Ne me prêtez pas toutefois un anti-intellectualisme facile, j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les vrais intellectuels. Les sérieux, ceux - et celles - qui 100 fois sur le métier remettent leurs ouvrage de pensée et cherchent, sincèrement, sinon la "vérité", du moins les concepts qui permettent de penser et agir le monde. J'aurais beaucoup aimé être un intellectuel, mais c'est trop de boulot et je suis trop paresseux.

Cependant, il me semble avoir retenu deux ou trois choses intéressantes sur les notions de luttes des classes et Rosa Luxemburg ne m'est pas complètement inconnue. Je peux même me vanter d'être un des rares êtres humains sur cette planète a avoir lu Ernesto Guévara en n'ayant jamais possédé un t-shirt de lui. Et même quand on me parle de "dialectique des rapports de forces", ces choses m'évoquent à peu près quelque chose...

Rien de tout ça avec le socialo de base qui ne bite rien à rien. Passons rapidement sur le fait de se dire de gauche sans avoir lu une seule ligne de Marx - c'est dépassé ! assure Socialo avant de rédiger une ode à Ségolène sur son blog, qui elle est très très "moderne", évidemment -, ça revient à être chirurgien sans savoir se servir d'un scalpel. Il semble patent que la seule forme de formation "intellectuelle" au Parti "Socialiste" consiste à se choisir un gourou ou une gourette et a répéter ce qu'il/elle déblatère, c'est à dire ce que les conseillers en communication dudit gourou/gourette - payés effroyablement cher - lui enjoignent de dire...

Et en ce moment, la preuve d'une certaine, disons, versatilité (pour être gentil) du militant de base, c'est qu'il danse d'un pied sur l'autre en affirmant qu'il va soutenir DSK si celui-ci devient son candidat officiel.

Même si ça lui arrache un peu la gueule, hein. C'est mignon, le patriotisme d'organisation poussé à ce point...
Ridicule.
Mais mignon.

Nous ne rappellerons pas ici que DSK est de droite et que son boulot actuel consiste à prêter de l'argent à des pays ruinés par le capitalisme, en échange de la destruction totale de leurs acquis sociaux et de la mainmise totale du néolibéralisme dans tous les domaines possibles. Les Argentins, les Lettons et les Grecs entre tellement d'autres sont très au courant de ce qu'est précisément le FMI. C'est donc ce personnage que nos braves militants se préparent à soutenir comme un seul homme et décidément, quand on veut se plier à n'importe quoi, on trouve toujours d'excellentes raisons de rationaliser les choix les plus injustifiables...

Partant, si c'est ce bon Dominique qui est désigné, on le verra tous se mettre au garde-à-vous le petit doigt sur la couture du pantalon et chanter les louanges - plus ou moins forcées mais peu importe - d'un type qui incarne précisément ce libéralisme contre lequel ils rouspètent à longueur de blogs. Ce sera assurément prodigieux. Et entraînera de facto une conséquence. Petite. Anodine, pour ne pas dire insignifiante, sachons où est notre place, n'est-ce pas.

Mais de fait : quand on soutient quelqu'un de très marqué à droite qui soutient des idées de droite - le libéralisme, c'est de droite, arrêtez de faire semblant de croire que ce n'est pas le cas ,vous êtes pathétiques -, bon gré mal gré, on fait le jeu de la droite et surtout de la bourgeoisie qui, elle, s'en fout un peu des clivages du moment qu'elle s'engraisse à coups de réductions sauvages des déficits.
Il sera donc logique que sur CSP, je fourre tout le monde dans le même sac à ce moment.

Vous voyez comment je suis tendre avec les gens de droite ?
Vous avez ri de mes fines saillies sur nos amis néolibéraux ?
Vous avez fini un billet particulièrement acharné en vous disant "Hu hu hu, excellent, hu hu hu j'aurais pas osé le dire comme ça et plutôt crever que d'admettre que ce gauchiste a raison mais hu hu hu ça fait du bien" ?
Vous avez eu raison d'en profiter.

Parce que là, amis socialistes qui soutiendront DSK, je m'engage, ici et maintenant, solennellement, à vous en mettre, mais alors :
Plein.
La.
Gueule.

Non. Vous ne comprenez pas. Pas encore. Je répète : vous en prendrez
Plein.
La.
Gueule...

Oui oui oui, allez, je sais, vous vous en foutez, et ce n'est qu'un blog, et on s'en fout de mon avis - avec raison par ailleurs, ce n'est qu'un blog, hein - et même pas mal et blablabla.

Comprenez-moi bien : c'est juste qu'en défendant DSK, de fait, vous vous ravalez au niveau du militant UMP de base, à mes yeux. Voilà tout...
Alors c'est un choix, hein.
Mais si vous le faites, et bien, évitez juste de traîner ici.
Conseil d'ami.

Oui oui oui, allez, je sais, vous vous en foutez, et ce n'est qu'un blog, et on s'en fout de mon avis et puis d'ailleurs ça ne changera rien - vous non plus, ce que vous pensez ne changera rien par ailleurs - et puis tiens, oui, fais donc ça tiens, on s'en fout t'imagine pas à quel point on s'en fout d'ailleurs regarde on rit ah ah ah ah ah !

Hu hu hu.
On verra si vous gardez votre flegme distancié quand vous serez devant votre écran en train de chialer, à deux doigts de la crise de nerfs et en serrant vos petits poings de rage impuissante.
Je sais déclencher ce genre de choses.
Et vous savez que je sais le faire.

Après, vous aurez décidé de soutenir DSK : il ne faudra s'en prendre qu'à vous même.
Cependant, je puis vous assurer d'une stricte égalité de traitement. Sarkozystes et DSKistes seront logés exactement à la même enseigne, dans un sincère souci de dépasser les clivages partisans.

Encore une fois, je m'y engage.

Source : http://comite-de-salut-public.blogspot.com/

Publié dans Politique

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