Chômage. Des courriers salés adressés à l'État

Publié le par Carland

«AC! chômage» lance une initiative inédite à Lannion (22). L'association demande aux plus précaires de témoigner par écrit de leur galère afin que l'État prenne ses responsabilités. Pascal, 40ans, a préparé sa lettre.

Je ne veux pas être assisté. Ce que je revendique, c'est le droit de travailler». Le regard est lourd de désillusions, la voix trahit un mélange de lassitude et de colère contenue.

«On ne me laisse aucune chance»

À 40 ans, Pascal fait partie de ces chômeurs de longue durée qui n'ont plus droit à rien. Après une formation de boulanger, le Trégorrois a enchaîné plusieurs boulots, exercé comme agent de maîtrise en grande surface avant, poussé par Pôle Emploi, d'entamer une reconversion en 2008. «Cela faisait déjà deux ans que je ne touchais plus d'indemnité chômage. On m'a imposé une formation en menuiserie agencement, le métier manquait de bras, m'assurait-on. Depuis, malgré mon titre professionnel de l'Afpa, je rame». Pascal a l'impression de ne se heurter qu'à des murs. «En période de crise, les entreprises n'embauchent pas. Mais quand leur carnet de commandes vire au beau fixe, elles ne regardent même pas votre CV: pas assez d'expérience, il leur faut des gens immédiatement opérationnels». La semaine dernière encore, Pascal est allé frapper à la porte d'un chantier naval qui a le vent en poupe et recrute. «L'employeur n'était même pas intéressé par les aides publiques qu'il peut toucher pour me former». Pour Pascal, c'est l'impasse. «On ne me laisse aucune chance de montrer de quoi je suis capable. Élargir mes recherches? L'essence coûte trop cher...». Sa compagne étant en congé parental, Pascal n'a même pas le droit au RSA (Revenu de solidarité active). Le couple dispose, en tout et pour tout, grâce aux allocations familiales, de 980 EUR par mois... avec quatre enfants à sa charge. «Quand mon fils me demande ce que j'ai fait de ma journée, j'ai mal... Il était tellement fier, le jour où j'ai obtenu mon diplôme de menuisier!». La voix s'étrangle quand il ajoute: «Croyez-moi, je préférerais sortir ma carte bleue et payer mes courses, plutôt que de pointer chaque jeudi aux Restos du coeur».

Flambée de précarité

Derrière sa belle façade de hauts revenus et matière grise, Lannion connaît un accroissement des situations précaires. Sur son bassin d'emploi, le chômage a augmenté de 5,5% en 2010. «Les contrats aidés disparaissent, le système d'indemnisation va pâtir de la réforme des retraites et, pendant que le nombre de chômeurs augmente, Pôle Emploi sous-traite de plus en plus le suivi des dossiers à des privés», brosse Philippe Vital, porte-parole d'AC!, pour qui il n'est plus possible de laisser dire que «le malade est responsable de sa maladie, le chômeur de son chômage, le pauvre de sa pauvreté. Il est temps que l'État mette ?le nez dans le caca? et apporte des réponses à des situations individuelles désastreuses». S'inspirant d'une initiative lancée dans le Nord-Pas-de-Calais, AC! Trégor demande aux chômeurs de longue durée et précaires de témoigner par écrit de leur traversée du désert. «Nous porterons chaque mois la liasse de lettres au préfet. Et nous demanderons régulièrement à l'État de rendre des comptes».

Pratique
Permanences les lundi, mardi, mercredi, jeudi, de 14h30 à 17h, à l'étage du Centre Savidan à Lannion. Tél.02.96.47.27.27. E-mail:actregor@wanadoo.fr

Source : http://letelegramme.com/ig/generales/regions/cotesarmor/chomage-des-courriers-sales-adresses-a-l-etat-14-03-2011-1234194.php

Publié dans Chômage & précarité

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