Ce soir sur TF1. Pierre, métallo à la SBFM, face à Sarkozy

Publié le par Carland

Son nom est sorti du chapeau pour poser les «vraies» questions, ce soir, au président de la République. À quelques heures du rendez-vous, l'homme n'a même pas peur. Ceux qui le connaissent le savent: le métallo de la SBFM, à Caudan(56), ne fera pas de cadeau à Sarko.

 

Le conflit de la SBFM en vidéos

Dans le pays de Lorient, tout le monde vous le confirmera. Pierre Le Ménahes, c'est une gueule. Une vraie. Sa mâchoire volontaire, son regard bleu acier que n'arrivent pas à masquer ses lunettes et une boucle à chaque oreille, parce qu'il le veut bien, renvoient en direct à la SBFM et aux luttes ouvrières rivées à son histoire (*). Mais Pierre Le Ménahes, c'est aussi un look, tendance rocker rebelle. Les deux pin's - un à l'effigie du Che, un aux couleurs de la Céget' -, accrochés au revers de son bleu ou de son légendaire keffieh, résument à eux tout seuls le bonhomme. «LeChe, c'était un combattant, un mec honnête intellectuellement. Il mérite le respect. Pas comme certains».

Acteur plutôt que spectateur


«Ma demande d'embauche à la SBFM, je l'ai signée sur le coin d'une table. J'étais magasinier à Pontivy et j'en avais marre de mon salaire de misère. LaSBFM appartenait à Renault et était connue pour être une boîte qui payait bien. C'était une vitrine sociale». En 1979, Pierre Le Ménahes tâte du métal et découvre les joies du travail posté en basculant de gauche à droite des moules. Ou de droite à gauche ? Il ne sait plus. «En fait, je tenais un guidon et il fallait suivre la cadence. Je bossais sur la chaîne de production considérée par les anciens comme la plus dure. Ils avaient raison». Le jeune métallo a 20 ans et est bouillant comme la fonte qui sort des fours. «Dès que je suis arrivé, j'ai pris ma carte à la CGT. Les conditions de travail étaient pénibles. Je ne voulais pas être spectateur, mais acteur».

Pas le temps de rouiller

Trente et un ans se sont écoulés et la mécanique qui conduit Pierre Le Ménahes à pousser ses gueulantes n'est toujours pas grippée. Avec tous ses mandats, délégué syndical, délégué du personnel, délégué au CE, membre du CHSCT, il n'a, en réalité, pas le temps de rouiller. «Ouais, je suis un leader syndical installé. Mais c'est dans les ateliers. Avec les gars. Pas dans les salons ! ». Une pierre dans le jardin de Bernard Thibault, le patron de la CGT, qu'il ne peut pas sentir Pourquoi ? «Parce qu'il n'est jamais venu nous voir à la SBFM». L'an dernier, alors que «son» entreprise, détenue par des Italiens, dévisse et que les boulons volent bas, notre homme se forge une réputation en or. Le26juin 2009, après des semaines et des semaines de lutte, il décroche la lune. Non seulement, comme l'exigeaient les salariés, Renault revient aux commandes, mais le plan social qui prévoyait la suppression de plus de la moitié des effectifs de la fonderie industrielle est purement et simplement supprimé. Du jamais vu ! «C'est la détermination des gars qui a payé».

Dire ses quatre vérités au Président


Ce soir, face à Nicolas Sarkozy, Pierre Le Ménahes a l'intention de lui dire ses quatre vérités. «Lejour où j'ai été contacté par TF1, mon premier réflexe a été d'aller voir les gars pour leur demander ce que je devais faire. Ils m'ont répondu ? vas-y !. J'ai donc l'intention de profiter des cinq minutes qui vont m'être offertes pour signifier au Président que son bilan pour l'année 2009 est catastrophique; qu'il n'est pas normal que ce soit les salariés qui payent les pots cassés alors qu'ils ne sont nullement responsables de la crise. Je vais également défendre les intérêts de la boîte. L'État détient 15% de Renault et il est temps que l'entreprise investisse chez nous, comme elle s'est engagée à le faire».

Pierre Le Ménahes tiendra-t-il ses promesses? Les hommes et les femmes qui le connaissent n'en doutent pas un seul instant.


* La société bretonne de fonderie mécanique est implantée à Caudan (56).  Elle a été créée par Renault à la suite de la disparition des forges d'Hennebont. Elle produit des pièces détachées pour l'industrie automobile.

  • Yann Le Scornet 

Source : http://www.letelegramme.com/static/video/index.php?q=sbfm

Publié dans Actualité

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