Brest. Espionnage à Ikea. Une ligne de défense déjà contestée et "troubles dissociatifs" des dirigeants

Publié le par Carland

IKEA1.jpgIkea France ne conteste pas les accusations de pratiques de surveillance illégales de ses salariés et de certains de ses clients. Mais le géant suédois du meuble en kit les «condamne» et «s'en dissocie». Un ancien cadre du groupe, joint par LeTélégramme, exprime ses doutes.

«Ikea se dissocie totalement des comportements contraires à l'éthique et des pratiques de surveillance illégales (...) Le respect de la vie privée compte parmi les valeurs les plus fortes du groupe».(fallait oser le coup du "dissociatif", pour ceux qui ont un doute cliquer le clien ci-dessus). Pour la première fois, hier, le géant suédois du meuble répondait aux accusations d'espionnage et de fichage de ses salariés et de certains clients. Hier, à Brest, où 190 des 250salariés auraient été espionnés (LeTélégramme d'hier), l'établissement a ouvert ses portes comme d'habitude. Les clients ne posent aucune question. «On n'a pas osé, expliquent deux Costarmoricaines venues faire leurs emplettes. Il y a des caméras partout. On n'a pas voulu gêner ou mettre en danger les salariés». L'affaire, révélée par leCanardEnchaîné et ensuite par Mediapart, «choque beaucoup» les deux clientes. «Cela fait réfléchir. On fait confiance en payant avec sa carte bleue, en prenant la carte de fidélité et tout ça peut se retrouver chez un détective qui peut enquêter sur nous en cas de litige! Et le fichage des salariés? C'est quand même fou cette histoire!».

La direction «ne pouvait pas ne pas savoir»

Dans le magasin, les employés s'activent. «Tout va bien», esquive une employée qu'on interroge à la sauvette. Plusieurs salariés évoquent entre eux, et à voix basse, l'affaire. Petit attroupement au niveau des meubles de salle de bain. Une cadre vient à leur rencontre. Nous ne saisissons que quelques bribes: «Une enquête interne, confiée à un cabinet spécialisé, a été lancée. Toute la lumière sera faite. Une réunion extraordinaire est programmée tout à l'heure pour répondre à vos questions». Ikea France ignorait que son responsable sécurité avait organisé une surveillance générale des salariés? Jacques (*), un ancien cadre qui a récemment quitté un autre établissement du groupe, en doute. «Vu l'organisation interne, je ne vois pas comment ce responsable aurait pu seul, dans son coin, organiser tout cela. La direction ne pouvait pas ignorer ses activités. Sans compter que cela a dû coûter une petite fortune, à 80? le renseignement de base, pour 24 magasins d'au moins 200 salariés chacun, sur plusieurs années... Ce n'est pas le responsable qui payait de sa poche! Etles mémos (Ndlr: e-mails internes) qu'il a envoyés l'ont été avec son code officiel. Il n'y avait donc rien de caché». Comme le révélait Mediapart dimanche, au moins un mail explicite (alerte sur un employé posant problème) a été adressé à la direction brestoise. Si elle en a pris connaissance, difficile pour elle d'ignorer les pratiques illégales qui étaient entreprises. Et qui signalait, dans les quelque26 établissements français du groupe, les salariés et clients à problèmes? Cette question fait, en tout cas, écho au témoignage d'une ex-salariée de Seine-Maritime. Sur Europe 1, il y a quelques jours, celle-ci expliquait comment sa hiérarchie l'avait obligée à «noter tous les faits et gestes» de ses vendeurs. Face à son manque de coopération, sa direction l'avait licenciée.

Nouvelles plaintes annoncées

Hier soir, l'Union départementale FO du Finistère décidait de se constituer partie civile et de se joindre à la procédure initiée par l'UD-FO de Seine-Saint-Denis (le parquet de Versailles ayant ouvert une enquête préliminaire). La CFDT du Finistère a annoncé, elle aussi, son intention de saisir la justice. Quant à la réunion organisée hier après-midi à Brest, celle-ci a été conduite par la directrice Ouest des magasins Ikea. Ledirecteur et la DRH du site brestois, absents, étaient convoqués au siège du groupe, en région parisienne. «Cela a été l'habituel grand discours sur les valeurs d'Ikea, rapporte une source qui souhaite rester anonyme. Beaucoup de salariés semblent vouloir porter plainte et n'ont plus confiance». Lors de cette surréaliste réunion de crise, la direction a annoncé... que des cellules juridique et psychologique allaient être mises en place pour assister les salariés. Ce matin, le directeur du site doit à son tour prendre la parole devant les salariés et s'est engagé à répondre à leurs questions.

Hervé Chambonnière

*Le prénom a été changé à la demande de l'intéressé.

Source : http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/finistere/ikea-une-ligne-de-defense-deja-contestee-06-03-2012-1622957.php

Publié dans Ikéa

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