Agriculture. Le combat de Marie-Hortense, productrice de lait et présidente de l' APLI 56

Publié le par Carland

Elle a le prénom d'une fleur. Il signifie «qui vient du jardin». Marie-Hortense est plutôt une fleur des champs. Ceux de sa ferme de Languidic. Depuis une semaine, elle est aussi la première présidente de l'Apli 56, l'association des producteurs de lait indépendants.

Fin septembre, elle pleurait devant le spectacle de l'épandage collectif de lait organisé près de chez elle. Des larmes d'émotion. «C'était une image forte. Ma tonne à lisier et mon tracteur étaient là, dans le lot. J'ai pleuré car c'était le fruit de notre travail qu'on épandait dans ce champ comme un vulgaire purin. Mais on devait marquer les esprits».

«Un avant et un après grève du lait»


Marie-Hortense Guéhennec, petit bout de femme en mouvement perpétuel, productrice de lait depuis 34 ans à Languidic, fille et femme d'agriculteurs, a jeté pendant les 14 jours de cette grève du lait organisée par l'Apli, pas moins de 16.000 litres. «On a beaucoup perdu financièrement, on n'a pas eu le résultat escompté, mais je ne regrette pas. Pour moi, il y a eu un avant et un après.On a pris conscience que le fruit de notre travail avait de la valeur». La rémunération du travail. L'argument qui a convaincu Marie-Hortense de se jeter dans cette bataille. «Ça me tient à coeur, et à mon père aussi avant moi. Regardez mes mains», dit-elle, en les tendant droit devant elle. «On bosse dur. Tout le temps». Leur peau a la couleur de la terre. De sa terre. «Je me suis rendu compte qu'on nous demandait de produire pour que les usines tournent à fond. Pas pour nous».


«La parole s'est libérée sans jugement»


Dans les 112 hectares de son exploitation de Kerfloch, elle gère, avec son mari et leur salarié, 55 vaches laitières et une quarantaine de bêtes à viande et pratique une agriculture qu'elle qualifie de durable. «C'est plus dans nos valeurs. Même si on a fait comme tout le monde avant. Il fallait produire, toujours plus. Et puis, la prise de conscience est venue de la mauvaise qualité de l'eau, de la multiplication des traitements...». C'est donc presque logiquement que Marie-Hortense Guéhennec s'est retrouvée, le portable attaché en permanence autour du cou, à mobiliser autour d'elle. «La grève du lait a créé quelque chose. Entre agriculteurs, on s'est parlé.On s'est aussi écouté». Oubliée, pour quelques-uns, la pudeur du milieu agricole. «Certains sont dans des situations financières très graves.D'autres sont résignés... Mais la parole s'est libérée, sans jugement. Je crois qu'un élan est né.» Un élan qui l'a poussée à accepter la semaine dernière de prendre la présidence, à 56 ans, de la jeune antenne morbihannaise de l'Apli. «On a beaucoup de combats à mener. On demande la création d'un office national du lait. Ce serait un outil de régulation des marchés... On a fait venir des producteurs canadiens qui ont ce système. Ils sont payés 468€ la tonne de lait. Nous, en mars, c'était 274€...»


Une reconnaissance


Cette semaine, l'Apli accueille aussi des producteurs suisses. «Ils ont supprimé les quotas et leurs prix ont chuté. On les a regroupés dans des organisations de producteurs et c'est la guerre. Ce n'est pas ce que nous voulons. On souhaite maintenir le tissu rural avec des exploitations familiales à taille humaine. Et ce que l'on demande plus que tout, c'est un salaire et une reconnaissance».
Rendez-vous Réunions au centre culturel à Val-d'Izé (35) aujourd'hui à 14h; à la salle des fêtes de Malestroit, demain à 20h30.

  • Gaël Le Saout

Source : http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/morbihan/agriculture-le-combat-de-marie-hortense-productrice-de-lait-17-05-2010-917152.php?xtmc=apli&xtcr=2

Publié dans Actualité

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