A Toronto, le G20 dépense beaucoup mais prône l'austérité

Publié le par Carland

Ce G20 ? Un compromis creux et coûteux entre acteurs divergents. Accrochez-vous : le prochain se tient à Nice.

Le G20 était la grande idée qui devait faire émerger une nouvelle gouvernance mondiale sur les décombres de la crise financière de 2008 ; il a donné naissance à un nouveau « machin », pour reprendre la formule péjorative de de Gaulle à propos des Nations-unies, comme l'a montré le bien creux sommet de Toronto.

De fait, une fois passée l'urgence de la crise bancaire, le G20 s'est très vite coulé dans le moule du G8, pourtant décrié, pour devenir un club, certes élargi et plus représentatif, mais rien de plus qu'un club incapable d'adopter des décisions fortes communes, à peine des vœux pieux de coordination non contraignants, âprement négociés par des « sherpas » (conseillers) épuisés.

Les manifestants sont, eux aussi, passés du G8 au G20 sans difficultés, malgré la présence en son sein de pays comme le Brésil ou l'Inde qui avaient un agenda de réforme de la gouvernance mondiale pouvant faire écho aux revendications des altermondialistes et des associations qui forment le « off » de ces sommets depuis plus de dix ans.

Samedi à Toronto, transformée en place forte par la police, les manifestants ont fait entendre leur voix dans la rue, massivement, avec quelques débordements violents qui ont laissé quelques voitures brûlées et vitrines défoncées.

Des divergences transatlantiques

Derrière leur coûteuse forteresse -c'est le sommet le plus cher de l'histoire des G-quelque chose, 710 millions d'euros, quatre fois le budget prévu-, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays occidentaux (européens et Amérique du nord), des « émergents » (Brésil, Chine, Inde), des riches (pétroliers du Golfe), ainsi que les institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC, BCE…) ont surtout étalé leurs approches différentes de la gestion de leurs économies.

Le signal le plus clair a été donné par Tim Geithner, le secrétaire américain au Trésor, qui a appelé les Européens et les Japonais à relancer leurs économies au lieu de se concentrer sur la réduction de leurs dépenses. Il a souhaité samedi que le sommet du G20 soit « le sommet de la croissance », appelant à ne pas renoncer aux mesures de relance économique décidées dans la foulée de la crise bancaire. Car, a-t-il estimé, la crise est encore trop récente et le risque de la récession toujours présent.

Au même moment, le projet de texte final préparé par la présidence canadienne fait l'éloge de la réduction des déficits devenue la nouvelle doxa européenne. Le projet, qui doit être approuvé dimanche, recommande de réduire de moitié les déficits budgétaires d'ici trois ans, ce qui, s'agissant de la France, annonce de nouveaux tours de vis d'austérité à venir.

Obama invite Cameron en hélico

Il aura fallu tout l'art de la diplomatie pour que Barack Obama et le nouveau premier ministre britannique David Cameron affichent une harmonie à toute épreuve tout en admettant que leurs approches divergent (sans parler de l'affaire de la marée noire de BP qui provoque des tensions entre Londres et Washington). Cameron, qui vient d'annoncer une austérité drastique en Grande-Bretagne, a ironisé qu'il ne pouvait pas se payer le voyage en hélicoptère auquel l'a invité Obama entre les lieux du G8 et du G20…

Ce grand écart euro-américain dans les approches économiques, doublé des divergences persistantes entre Paris et Berlin malgré la façade unie présentée au G8/G20, réduisent considérablement la portée du sommet de Toronto, transformé en vaste exercice de compromis. D'autant que les Chinois, pour ne pas faire figure d'accusés au G20, ont soigneusement laissé grimper leur monnaie, le yuan, à des niveaux record, satisfaisant ainsi en partie une demande américaine forte.

La promesse de 2008, lorsque Nicolas Sarkozy était président en exercice de l'Union européenne et qu'il avait pris l'initiative de la création du G20, était celle de faire émerger le nouveau noyau dur de la gouvernance mondiale du XXIe siècle. L'initiative a pour l'instant permis de simplement formaliser l'élargissement du G8 aux pays émergents qui portent aujourd'hui l'essentiel de la croissance mondiale, sans renforcer pour autant l'efficacité d'un forum informel.

A Nice, Sarkozy sauvera-t-il le monde ?

De nouveau en charge de préparer l'agenda du prochain sommet, prévu à Nice dans un an, Nicolas Sarkozy devrait produire un feu d'artifice de propositions et d'initiatives pour montrer, à l'approche de l'élection présidentielle française de 2012, qu'il est l'homme de la situation.

Même si, à Toronto, la France n'a guère été visible car, comme le souligne Romain Gubert sur LePoint.fr, avec quatre représentants (Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn pour le FMI, Jean-Claude Trichet pour la BCE, et Pascal Lamy pour l'OMC) quand les autres pays n'en ont qu'un, « jamais la voix de la France n'a été aussi peu audible ».

Espérons tout de même que le chef de l'Etat aura retenu du sommet de Toronto le scandale suscité par les dépenses démesurées des autorités canadiennes pour son organisation, et qu'il ne renouvellera pas à Nice la démesure du sommet méditerranéen tenu au Grand Palais, à Paris, en 2008, et qui avait été sérieusement épinglé par la Cour des comptes par la suite… A suivre de près.

Source : http://eco.rue89.com/2010/06/27/a-toronto-le-g20-depense-beaucoup-mais-prone-lausterite-156593

Publié dans Economie

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