A Brest, la sensation d'une étape franchie dans la lutte (paru dans l' écho des luttes à Brest))

Publié le par Carland

Le 1er numéro de l'écho des luttes à Brest vient de paraitre. Pour les contacter :

http://retrait.canalblog.com/
Relais du collectif et du journal :
reseaudesluttes.brest@gmail.com


Voilà 10 jours que nous avons commencé les piquets de grève mobiles. Au départ, nous étions une petite centaine de personnes à effectuer des barrages filtrants aux entrées de la ville, comprenant de nombreux syndiqués à FO, le collectif de chômeurs et précaires « en marche contre l'injustice sociale », des libertaires et quelques étudiants. Puis, nous avons entamé, depuis cinq jours, le blocage du dépôt pétrolier, situé sur le port de commerce de Brest. Dès lors, nous avons été rejoints pour ce blocage par des salariés, des cheminots de Sud Rail, des syndiqués de Solidaires, du SLB, de la CNT, des étudiants et des lycéens... Le groupe varie chaque matin entre 100 et 250 personnes.

Vendredi 22 octobre, à Brest. Aux environs de 8h du matin. Nous sommes devant le service technique de l'agglomération brestoise, BMO. Blocs de béton, troncs d'arbres et feux de pneus de tracteurs, les éboueurs en grève depuis hier (et pour cinq jours) bloquent l'entrée des entrepôts. On vient saluer les hommes en jaune et contempler les nuages de fumée noire qui s'élèvent depuis différents endroits de Brest. Un éboueur lance « on est des indiens, on
communique par signaux de fumée mais il faudrait de sacrées couvertures pour se comprendre ».

Au lever du jour, Brest se réveille « paralysée ». Dépôt pétrolier bloqué, entrée
principale de la ville très perturbée, pas de collecte des ordures, pas de bus. Au dépôt de Bibus, à deux pas du centre des services techniques, on se relaie
pour bloquer, dormir, tracter et jouer aux cartes. L'accueil des chauffeurs est plutôt chaleureux. La scène paraît irréelle, une vingtaine de précaires et d'étudiants bloquent complètement le trafic des bus. Particularité du jour, tentative de bloquer simultanément, et non plus successivement, les points stratégiques de l'économie locale. Certains d'entre nous appellent ça : les piquets volants. Pendant ce temps, à l’autre bout de la ville, une petite centaine de personnes tiennent les deux ronds-points donnant accès au dépôt pétrolier de Brest, depuis 5h du matin. À l’appel de la CGT métallurgie, à quelques mètres de nous, environ 250 ouvriers de 5 entreprises du port surgissent. Ils prennent alors d’assaut les 3 points névralgiques du port. Le feu est partout, à toutes les sorties de ronds-points. D’immenses pneus, des cordons de gazole et de solvant enflammés paralysent la totalité du port de commerce. Absence de visibilité de la CGT, pas de banderoles, quelques drapeaux. La prise de contact avec les métallos n'est pas simple. À travers les conversations, nous comprenons que ce matin ils ne sont pas là pour le retrait total de la réforme. Ils sont apparemment là pour obtenir des accords de branche liés à la pénibilité et à l’exposition à l’amiante…

Il est 9h . Départ rapide des métallos. Ils laissent derrière eux un bordel hallucinant et nous sommes à 40 sur chaque rond-point, dansant autour du feu, au plus près du dépôt, au devant des CRS qui arrivent quelques secondes plus tard... décalage angoissant. Le lendemain, la presse ne relaiera aucune précision sur leur action spectaculaire qui a pourtant paralysé l'entrée de la ville. Les metallos sont censés revenir mardi, mais rien n'est encore très clair.

Vers midi, la police débarque au dépôt de bus. On s'apprête comme prévu a se faire déloger. Surprise ! Arrivent les gars du service technique pour nous soutenir. On se dit alors que l'on va pouvoir rester devant les grilles. Mais 10 minutes plus tard, les CGTistes s'en vont bougons. Ordre de leur direction syndicale : l'heure n'est pas au soutien des actions autonomes et à la confrontation avec les forces de l'ordre. La solidarité est là mais reste fragile. Rappelons-le, cela ne fait que deux semaines que les piquets de grève sont tenus et que les préjugés s'estompent.

Aujourd'hui, la capacité de nuisance à l'économie était conséquente. Mais les apparences ne traduisent pas toujours la situation réelle. Pas de fantasmes, nous arrivons à allumer des feux de palettes mais nous n'arrivons pas encore à les faire prendre. Le rapport de force se construit quotidiennement. De son côté, l'intersyndicale locale n'a toujours pas appelé ni à la grève générale, ni au blocage de l'économie. Néanmoins, à l'issue des trois dernières manifestations syndicales, les actions de blocage économique deviennent systématiques et rassemblent de plus en plus de monde (dépôt, commerces et gare). Le rendez-vous est pris pour toute la semaine afin de bloquer le dépôt pétrolier, et pour jeudi prochain, jour de manifestation nationale.

Source : L'écho des luttes à Brest

Publié dans Retraites

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