Facebook : L’espionnage social ?

Publié le par Carland

Publié D Perrotin sur Agoravox

Facebook, ce nouveau moyen de communication et surtout de socialisation est considéré comme une véritable révolution dans le domaine du fameux web 2.0.

En effet, Il n’y a, a priori, rien de très alarmant dans l’idée que l’on puisse regrouper ses amis sur internet, discuter avec eux, échanger des photos, des idées, divulguer des informations... Pour la plupart, le fond de la chose n’est pas plus innovant qu’un blog. Mais la concentration des services proposés et l’évolution permanente des applications fait de Facebook un des premiers sites sociaux au monde. 

Cependant, tant sur l’aspect du site que sur le fond de la structure, Facebook est une innovation du web à la fois malsaine et dangereuse. 

D’abord sur la forme, le site propose aux gens de réunir leurs propres amis, et surtout de rechercher n’importe qui, du petit copain de CP, au camarade de colonie de vacances avec une facilité déconcertante. 

Certes, cela est tentant et apparaît comme étant tout à fait réjouissant. Mais le site n’est pourtant pas destiné à ces personnes. Il y a un décalage entre la relation que l’on peut nouer avec des anciennes connaissances qui est, de facto, tout à fait artificielle et le site qui propose une vitrine de sa personne destinée à de réels amis. Que ce soit son opinion politique, ses préférences sexuelles, ses photos, ses ressentis... De simples connaissances ne sont pas censées les savoir.

Ensuite, tous les utilisateurs de Facebook peuvent voir combien d’amis ont leurs propres amis. 

Exemple : Sur ma page d’accueil il y a marqué que j’ai accepté X nombre d’amis. N’importe qui de mes "amis" peut donc savoir combien j’en ai accepté et inversement. 

Cette application paraît futile. Mais c’est pourtant une logique concurrentielle qui pousse tout le monde, et notamment les plus jeunes à vouloir accepter n’importe qui sur sa page, pour rivaliser avec ses autres amis. Je paraîtrais ridicule d’avoir seulement 50 amis alors que mon meilleur ami en a 300. 

De fait, si l’on accepte n’importe qui pour faire du chiffre, alors n’importe qui a accès à des informations très personnelles. Et ce n’est ni la naïveté de certains jeunes, ni la compétition qui existe entre les adolescents, qui va empêcher l’idée qu’il faille avoir toujours plus d’amis. 

Cette application, qui montre le nombre d’amis que l’on a, consacre en quelque sorte l’existence du jeune. J’ai tant d’amis, cela signifie que j’ai beaucoup de gens qui m’aiment, qui tiennent à moi, et donc que j’existe à travers les autres. Tout comme le blog, avec le nombre de commentaires que l’on voulait toujours plus importants, l’individu croit exister à travers un nombre.

Les utilisateurs de Facebook ne réalisent pas non plus l’importance des informations sur les autres qui leur sont proposées et du côté malsain que cela constitue.

 Evidemment, le fait de pouvoir divulguer des photos à tous ses amis participe également à cette logique compétitive qui incite tout le monde à mettre toujours plus de photos. Mais cela est aussi créateur de tensions qui n’aurait pas eu lieu sans cet "outil révolutionnaire". 

En effet, désormais, l’on peut tout savoir sur n’importe qui de ses soi-disant amis sans qu’ils sachent que l’on sait. 

En clair, je peux exercer mes pulsions voyeuristes en toute impunité, sans que l’on me découvre.

Outre le côté voyeur que cela suppose, l’utilisateur a accès à une information qui auparavant ne lui était pas permise. 

 Exemple : Si j’entretiens une relation amoureuse avec une amie depuis 5 jours, je vais sur Facebook et je regarde l’ensemble de son album photo. Pas de chance pour moi, toute sa vie avant moi m’est accessible. Je découvre son ex-petit ami, sa famille, ses amis... Cela est évidemment créateur de tensions : une jalousie s’empare de moi. Pourtant, je ne vais pas lui reprocher d’avoir eu une vie avant moi. Mais le site m’impose de découvrir la vie de ma petite amie qui me précède, ses soirées avec son ancien copain... alors que sans cela je n’aurais jamais rien su. 

Plus grave encore, la frontière entre vie privée et vie publique est totalement balayée.

 Facebook donne la possibilité d’étaler sa vie privée à ses "amis Facebook", autant dire au public. Depuis quand exhibe-t-on sa préférence sexuelle, religieuse, politique, ses photos où l’on est saoul à une soirée ? Celle ou l’on fume un joint avec ses amis ? Les frontières de l’intimité sont totalement repoussées. Je peux voir le questionnaire des positions sexuelles préférées de "mes amis", ils peuvent calculer leur compatibilité sexuelle avec moi. Des informations sont donc proposées à des gens qui ne devraient pas la savoir. La part de mystère individuel est repoussée, la logique est de dire toujours plus aux plus de gens possible

Mais Facebook est tout récent, et l’on découvre seulement maintenant, quelques personnes qui subissent le fait de "se montrer". Certaines sont licenciées pour avoir publié une photo déguisée avec un verre d’alcool, alors qu’elles étaient censées être malades. D’autres sont tout simplement refusé à un poste d’embauche, pour avoir assumé leur opinion politique.

L’intimité n’a plus sa place, le but étant de se dévoiler, d’attirer, de séduire à tout prix. Et cela, fait naître incontestablement des rivalités entre couple, entre amis, entre employé-employeur. Ce moyen de communication est aussi un moyen efficace de répression, de surveillance et de traçabilité.

En effet, c’est un véritable espace d’espionnage social.  Tant pour les personnes entre elles, que pour les employeurs qui recrutent, ou les sociétés. Les gens dévoilent sans limites leur vie privée, alors que l’on sait aujourd’hui que les administrateurs conservent la totalité des informations dans leur base de données, et qu’ils peuvent les revendre. 

Mais comment résister à l’envie de plaire et de divulguer pour pouvoir recevoir encore plus d’informations sur les autres ? L’exemple marquant est l’enquête de la revue Tiger qui révèle la dangerosité des informations laissées sur ces plateformes.

Enfin, les gens sont infantilisés de toutes parts. La facilité d’y créer un compte, les jeux et applications que l’on y propose et enfin l’impossibilité de quitter réellement le site sans de multiples sollicitations pour y rester, font de ces utilisateurs de véritables enfants. Ils deviennent addicts et contraints de vouloir savoir toujours plus de choses sur leur entourage. 

Exhibition, voyeurisme, et infantilisation : voilà ce que propose Facebook. 

 Bien sûr, il est du ressort de chaque personne de ne pas s’inscrire sur ces réseaux, mais encore faut-il pouvoir reconnaître les travers de l’outil pour pouvoir les refuser. 

D.Perrotin

source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/facebook-l-espionnage-social-55586

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