Un "tous ensemble" hôpital-université inédit.

Publié le par Carland


Mouvement social . Mobilisation exemplaire, hier, avec la convergence du mouvement hospitalier, massif, et celle des enseignants-chercheurs.

C’est sous les cris et les applaudissements que la manifestation de la communauté hospitalière contre la loi Bachelot et celle des enseignants-chercheurs contre la loi Pécresse se sont rejointes, hier, à Port-Royal, en début d’après-midi, pour rallier ensemble le Sénat. Deux cortèges, deux réformes et un seul slogan : « Hôpitaux/universités : même combat. » Inédite, la convergence « tombe sous le sens », affirme Nathalie Marchand, secrétaire médicale et secrétaire de la CGT de l’hôpital Saint-Louis. « La marchandisation de la santé est dans la lignée de ce qui se passe ailleurs, avec les universités et tous les services publics. On parle d’efficience, de productivité, de performance. À croire que les écoles de commerce ont envahi le public ! » ironise François Vandenesch, professeur de bactériologie aux Hospices civils de Lyon, venu manifester en délégation avec une dizaine de collègues.

l’Hôpital,

Une unité inédite

« Ce qui est hallucinant, c’est que tout le monde soit ensemble », constate Camille, interne en médecine. Hier, tous les corps de métiers de l’hôpital étaient en effet dans la rue : beaucoup de médecins, dont de grands pontes, comme Bernard Debré (par ailleurs député UMP) ou René Frydman, mais aussi des infirmiers, des aides-soignants et des personnels administratifs. Une unité inédite. Pour la majorité des médecins, c’était une première. Comme Catherine Buffet, professeur d’hépato-gastro-entérologie à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne. La tarification à l’activité « incite à faire de l’activité artificielle », dénonce-t-elle.

Partie de Montparnasse à 11 heures, derrière des banderoles revendiquant la « qualité et l’égalité d’accès aux soins », protestant contre les « suppressions d’em- plois » et « l’hôpital entreprise », la communauté hospitalière a fait une première étape au ministère de la Santé, avant de rallier le palais du Luxembourg, afin de sensibiliser sénateurs et usagers à leur cause. Plusieurs délégations de province étaient présentes, de même que les associations d’usagers, comme les défenseurs de l’hôpital de Carhaix.

Si certains médecins se focalisent sur la gouvernance hospitalière et la « perte du pouvoir médical », ils sont aussi nombreux à exiger le retrait de la loi. « Cela ne rassure pas de donner encore plus de pouvoir à quelqu’un qui en a déjà beaucoup. Il ne faut pas se contenter de renégocier sur la gouvernance. Non, ce que nous demandons, c’est le retrait de la loi pour mener une nouvelle réflexion », s’inquiète Françoise Thivolet, professeur d’anatomie pathologique à Lyon.

Université, La colère est majoritaire

« Si le gouvernement ne veut pas entendre raison, le mouvement va continuer de prendre de l’ampleur », prévient André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, précisant qu’une coordination nationale regroupant tous les personnels hospitaliers de France est en train de se créer. Pour ce fervent défenseur de l’hôpital public, le président de la République pourrait déjà « renoncer » à la convergence public-privé prévue pour 2011, « cela détendrait l’atmosphère ».

« La cagoule, c’est cool ! » Parmi les milliers de manifestants de l’université (12 000, selon la FSU), certains arboraient de magnifiques perruques blondes, d’autres avaient choisi la cagoule ou les foulards, signes ostentatoires bien connus du « voyou irresponsable ». Bien visibles, les universitaires parisiens ont tenu à marquer la rentrée d’une nouvelle journée de manifestation nationale. Ils voulaient montrer leur hostilité au projet de décret interdisant de se dissimuler le visage lors de manifestations et démontrer une fois de plus à leur ministre qu’ils étaient loin d’être découragés. Ludovic Tournes et Christelle Freu, professeurs d’histoire à Rouen, ont fait le déplacement pour la convergence avec les hôpitaux : « On se bat pour la même chose : le service public », lâche Ludovic. « Leurs réformes, c’est de l’idéologie pure », renchérit Christelle. Pour ces deux universitaires, qui ont revoté la grève à Rouen, le gouvernement persiste dans la malhonnêteté et dans le mensonge. « Faire passer le décret en pleines vacances et en faisant croire à une concertation, c’est du passage en force. Ils nous traitent comme si on était une bande d’excités minoritaires. En fait, on le voit bien dans les AG, ce sont eux les minoritaires », analyse Ludovic. Pour beaucoup, le chantage aux examens ne tiendra pas et n’empêchera pas le mouvement de durer. Stéphane Tassel, secrétaire général du SNESup, présent en tête aux côtés des hospitaliers, le dit : « La colère est majoritaire et le gouvernement porte seul la lourde responsabilité de ne pas donner des signes d’apaisement aux attentes. »

La manifestation a grossi au fur et à mesure de sa progression. Avec la fusion des cortèges, les slogans « Résistance ! » et « Sauvons le service public » ont pris de l’ampleur. Des élus sont venus à la rencontre des manifestants quand ils sont arrivés devant le Sénat, notamment le vice-président (PCF) de la haute assemblée, Guy Fischer (PCF), qui a vilipendé le « risque de marchandisation de la santé ».

Alexandra Chaignon et Ixchel Delaporte (L'humanité)

Publié dans Santé

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Ils bousillent l'Hôpital, la sécu, l'enseignement, l'emploi, l'économie...Ils bousillent tout quoi!
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